Jean-Marie Runiga : « Le M23 n’a jamais voulu faire la guerre pour défendre ses revendications »

Le pasteur Jean-Marie Runiga, chf politique du M23. AFP PHOTO / Junior D.Kannah

Neuf jours après avoir occupé la ville de Goma, les rebelles du Mouvement du 23 mars n’ont toujours pas encore quitté la ville malgré les pressions internationales. Radio Okapi a interrogé ce jeudi 29 novembre le chef politique de ce mouvement rebelle, Jean-Marie Runiga Lugerero. Il affirme que c’est le gouvernement qui a poussé lui et ses camarades à recourir à la force. « Dès le début, on a demandé un dialogue, c’est le gouvernement de Kinshasa qui n’a jamais accepté le dialogue. Et en refusant ce dialogue, il a préféré attaqué le M23 », assure-t-il.

Radio Okapi : Jean-Marie Runiga Lugerero, bonjour

Jean-Marie Runiga Lugerero : Bonjour !

Vous êtes à l’aise avec quel titre, président ou bishop ?

D’abord bishop c’est pour la vie, vous le savez. Je reste toujours serviteur de Dieu, mais aussi comme je représente le mouvement du M23, je parle comme président.

Vous êtes président du M23, un mouvement rebelle qui a porté des armes contre tout un gouvernement. Est-ce que c’est compatible avec votre qualité d’homme de Dieu ?

Vous savez, Dieu dit que le projet qu’il a formé sur nous ce pas un projet de malheur, c’est un projet de paix et de bonheur. Mais je considère que mon peuple vit dans le malheur et il est de mon devoir en tant que berger de pouvoir faire tout ce qu’il faut pour la restauration de mon peuple. J’aime le Congo, j’aime les congolais et c’est pourquoi en tant que serviteur de Dieu, je ne suis même pas le seul, il y a David, il y a Néhémie, il y a Daniel, qui ont fait le même travail pour son peuple. Donc, ce n’est pas en contradiction avec mon travail.

Mais pour faire entendre votre voix, fallait-il prendre les armes, faire mourir vos semblables créés à l’image de Dieu ?

Jamais le M23 n’a voulu utiliser la guerre comme moyen pour pouvoir faire entendre ses revendications. Dès le début on a demandé un dialogue, c’est le gouvernement de Kinshasa qui n’a jamais accepté le dialogue et en refusant ce dialogue, il a préféré attaqué le M23, les militaires qui s’étaient retirés à Runyoni. Disons que c’est la légitime défense.

On dit de vous que vous étiez le père spirituel de Joseph Kabila, vous le confirmez ?

Non, je ne peux pas le confirmer, mais je dis que j’avais de bonnes relations avec lui.

Mais pourquoi vous réfugiez-vous derrière l’opposition, la société civile et la diaspora congolaises pour faire valoir vos revendications qui vous sont propres, les accords de Goma ? C’est pour vous attirer la sympathie de la population ?

Non, d’abord je tiens à vous dire que, aujourd’hui si nous disons que l’opposition politique, la société civile et la diaspora soient sur la table, c’est parce que nous sommes fatigués de faire des négociations en solo, en secret avec Kabila. Il ne respecte jamais ses engagements. Il a dit que nous voulons balkaniser le pays. Mais que tous ces congolais se mettent autour d’une table dans un format réduit, qu’on puisse examiner toutes ces questions, qu’on sache la vérité et la réalité. Qu’on puisse examiner ces questions des fonds et qu’on puisse dire qu’est-ce qui se passe au pays.

Vous avez tenu une conférence de presse mardi à Goma, mais que vient faire l’arrestation de John Numbi dans vos revendications, vous ne nous direz quand même pas que vous avez pris les armes pour l’affaire Chebeya ?

Ecoutez, j’ai parlé aussi de l’arrestation du général John Numbi, dans l’affaire Chebeya. Je savais que ce n’est pas moi seulement qui le demande, tous les congolais et la communauté internationale ont demandé ça. Pourquoi ne pas en parler.

Vous vous intéressez à Etienne Tshisekedi, mais l’UDPS, son parti, qui n’a jamais recouru aux armes, ne semble pas être d’accord avec votre démarche ?

Il n’y a pas de problème. Le problème ce n’est pas que l’UDPS soit d’accord avec nous mais je dis qu’Etienne Tshisekedi, c’est une figure quand même emblématique de la politique dans notre pays et il n’est pas question qu’il continue à rester en résidence surveillée, alors que le peuple congolais avait porté son dévolu sur lui et que nous, nous ne puissions pas parler. Je n’ai pas besoin de consulter par tous ces gens là. Je pense que ce que nous devons faire, si nous voulons qu’il y ait un Etat de droit, c’est de parler au nom de nos compatriotes lorsque le droit est violé.

Jean-Marie Runiga, c’est la dernière question. Il ya des exactions qui sont enregistrées dans la ville de Goma, perpétrées par les éléments du M23, vous en serrez comptable ?

Je vous informe d’abord que cela est faux et archifaux. La population de la ville de Goma depuis l’entrée du M23, a été très contente quand nous sommes arrivés. Cette population ne pouvait pas circuler après 18 heures, aujourd’hui les gens circulent jusque tard, et puis, cette population là, jusque là on n’a pas encore enregistré de compte d’insécurité. Ce n’est que Radio Okapi qui le dit, je ne sais pas où il a eu ses informations. Mais par conséquent, je peux reconnaitre qu’il puisse y avoir des cas isolés. Parce que la prison centrale de Munzenze, vous savez qu’avant notre arrivée a été détruite par les militaires FARDC et ils ont libéré tous les prisonniers. Il y a des criminels, des bandits qui peuvent entrer dans des maisons des gens et faire des choses et les mettre au compte du M23. Mais j’ai garanti, j’ai rassuré la population de Goma que nous ferons en sorte que la sécurité soit totale, parce que c’est pour cette population que nous nous battons et nous voulons que sa sécurité soit garantie.

Jean-Marie Runiga, merci d’avoir répondu à nos questions.

C’est moi qui vous remercie.

Propos recueillis par Innocent Olenga

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