RDC: les évêques catholiques s’interrogent sur « la pertinence » du dialogue avec le M23

Des évêques catholique lors d’un point de presse le 4/12/2011 à Kinshasa, en rapport avec le déroulement des élections de 2011 en RDC. Radio Okapi/ Ph. John Bompengo

Les évêques et archevêques membres du comité permanent de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) s’interrogent sur « la pertinence » du dialogue entre le gouvernement et les rebelles du M23 à Kampala. Dans un communiqué publié ce jeudi 6 novembre à Kinshasa, au terme de leur session extraordinaire, ils attirent « l’attention de tous ceux qui se rendront à Kampala sur les pièges de ces négociations ».

Les prélats catholiques demandent aux représentants congolais à ces assises de ne pas « hypothéquer l’unité de la nation congolaise et de ne pas avaliser des accords qui consacreraient la balkanisation de la RDC », les invitant à « la vigilance et à la clairvoyance ».

Les évêques catholiques indiquent qu’un « schéma directeur fixant le degré et la nature des concessions possibles, acceptables et tolérables doit être établi et scrupuleusement respecté ». « Un accord qui hypothèquerait la souveraineté nationale est inacceptable », préviennent-ils.

Au sujet du contenu de ce dialogue entre le gouvernement et la rébellion, les religieux s’interrogent « sur la valeur juridique des accords du 23 mars 2009 » dont les rebelles affirment revendiquer l’application. Cet accord signé entre le gouvernement congolais et l’ex-rébellion du CNDP, dont sont issus la plupart des membres du M23, prévoyait notamment l’intégration des combattants rebelles dans l’armée et la police. Les cadres civils du mouvement devraient être intégrés dans les institutions politiques.

Protestations de la société civile

Dans un autre communiqué publié ce même jeudi, la Nouvelle société civile congolaise et la Coalition des organisations de la société civile de la RDC indiquent que « ce qui se passe actuellement à Kampala ne concerne pas la population congolaise ».

« Quel est le cahier de charge et quel est l’agenda des uns et des autres ? », s’interroge Jonas Tshombela, coordonateur de la Nouvelle société civile congolaise. « Nous sommes hostiles aux discussions qui sont organisées dans l’opacité totale », affirme-t-il.

Ces organisations protestent contre l’organisation du dialogue entre le gouvernement et la rébellion du M23 en Ouganda « qui est cité noir sur blanc dans différents rapports comme apportant un soutien » à ces rebelles.

« Le Rwanda comme l’Ouganda sont des pays dans lesquels nous ne pouvons pas tenir ce genre de dialogue. Pour nous, ce sont des pays agresseurs », dénonce Jonas Tshombela.

La RDC, l’Onu ainsi que plusieurs organisations accusent le Rwanda et l’Ouganda de soutenir la rébellion du M23.

Dans un rapport confidentiel publié au début de cette semaine dans la presse, des experts des Nations unies accusent ces deux pays d’avoir soutenu ces rebelles lors de la prise de la ville de Goma le 20 novembre dernier.

C’est à la suite de l’occupation de cette ville par le M23 que les chefs d’Etat des Grands lacs ont demandé au gouvernement congolais « d’écouter et d’évaluer » les revendications de la rébellion en contre partie du retrait des rebelles de la capitale du Nord-Kivu.

Ce dialogue entre le gouvernement et le M23 doit débuter ce vendredi 7 décembre à Kampala. Les rebelles étaient encore dans leur quartier général à Rutshuru ce jeudi dans la matinée alors que la délégation congolaise, conduite par le ministre des Affaires étrangères, Raymond Tshibanda, a quitté Kinshasa mercredi.

Le porte-parole du mouvement rebelle, Bertrand Bisimwa, a déclaré à Radio Okapi que les membres de la délégation du M23 attendaient encore « que les organisateurs de la rencontre résolvent le problème de transport qui se pose ».

Indiquant que la frontière entre le RDC et l’Ouganda à Bunagana est fermée, il a argué qu’il n’y avait pas d’avion pour « prendre leur délégation ».

En outre, le cadre, l’agenda et le contenu des pourparlers divisent encore les participants aux assises de Kampala.

Le gouvernement ne souhaite dialoguer que sur l’accord du 23 mars 2009. Mais les rebelles souhaitent également parler des questions politiques et juridiques ayant trait à la défense et à la sécurité, à l’économie, aux finances, au social et au développement.

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