Pourparlers de Kampala: la rébellion du M23 a boycotté la séance de lundi

Le M23 se dirgeant ce dimanche 9 décembre vers la salle de conférence de Munyonyo à Kampala/ Photo Innocent Olenga-Radio Okapi.

La délégation du  M23 a boycotté la séance prévue ce lundi 10 décembre à Kampala dans le cadre des pourparlers entre ce mouvement rebelle et le gouvernement congolais. Pourtant, le M23 avait promis d’être au rendez-vous, a confirmé le ministre ougandais de la Défense, facilitateur délégué de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL). La séance devrait notamment être consacrée à la réplique, sollicitée la veille par le ministre congolais des Affaires étrangères, Raymond Tshibanda, à ce qu’il a qualifié de «contre-vérités» du mouvement rebelle.

Les délégués du M23 ne sont pas présentés dans la salle de conférence, préférant tout simplement rester dans leur hôtel.

« Nous ne venons pas. Nous sommes à notre hôtel. Nous sommes ici pour négocier, pas pour écouter la colère du gouvernement », a déclaré à l’AFP René Abandi, responsable des relations extérieures du M23.

Le chef de la délégation gouvernementale à Kampala, Raymond Tshibanda, s’est dit déçu de leur attitude:

«Je pense qu’il est important que le M23 écoute et entende ce que nous avons à dire. Je constate qu’ils ne sont pas au rendez-vous. Drôle de démocrates ! Ils ne sont pas prêts pour le débat. Ils préfèrent affirmer des vérités et ne sont pas prêts à être contredits. Mais, demain, qu’ils soient là ou pas, la vérité sera dite

Le ministre Tshibanda a expliqué qu’il avait sollicité «l’occasion de répondre à certaines des affirmations qui avaient été faites et de dire ce qu’est réellement le M23. C’est-à-dire de peindre son mode de gouvernance, parce qu’il aspire à gouverner, il donne des leçons sur la démocratie, le respect des droits humains.»

Et il a affirmé son souhait de le faire dans les mêmes circonstances et devant les mêmes médias que la délégation rebelle à l’ouverture de ces pourparlers, dimanche soir dans la capitale ougandaise.

La cérémonie avait été en effet marquée par une vive tension entre les deux parties en discussion. Prenant la parole après le ministre congolais, François Rucogoza, secrétaire exécutif du mouvement rebelle avait condamné le gouvernement congolais dans sa gestion de la crise de l’Est.

« La situation sécuritaire dans l’Est de notre pays s’explique en partie par le refus du gouvernement central de reconnaître qu’il y a des problèmes internes qu’il faut diagnostiquer et traiter en profondeur. Elle est aussi l’expression d’une conséquence visible d’une mauvaise gouvernance caractérisée par le manque d’un leadership visionnaire», a affirmé François Rucogoza.

Il avait également accusé l’armée congolaise d’avoir massacré quarante-six anciens militaires de l’ex-Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) à Dungu dans la Province Orientale.

Reprenant la parole après le discours du chef rebelle, Raymond Tshibanda avait demandé à la médiation de lui accorder le droit de répliquer, indiquant qu’il avait trouvé « inacceptable que des gens qui ont pour seule légitimité la Kalachnikov viennent ainsi dépeindre les élus du peuple congolais».

Raymond Tshibanda avait, par ailleurs, conditionné la suite du dialogue par la réponse de sa délégation aux propos du délégué au M23: 

« Avant  que nous ne poursuivions les travaux, la délégation de la RDC tient à faire une déclaration sur le fonds devant les mêmes organes de presse afin de dépeindre la vérité en ce qui concerne le M23 et ce que le M23 a commis comme crimes dans la province du Nord-Kivu depuis que ce mouvement a commencé. Si cette occasion n’est pas donnée, je ne crois pas qu’il y aura de suite à ces discussions. » 

Le M23 a été créé au début du mois de mai derniers par des militaires issus de l’ancienne rébellion du CNDP pour obtenir l’application intégrale de l’accord signé en mars 2009 entre le gouvernement et le CNDP. Mais, ces rebelles ont récemment élargi leurs revendications à des questions politiques et juridiques ayant trait à la défense et à la sécurité, à l’économie, aux finances, au social et au développement.

Pour sa part, le gouvernement ne veut discuter que de l’application de l’accord du 23 mars 2009.

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