RDC: la CPI acquitte Mathieu Ngudjolo

Mathieu Ngudjolo Chui, arrêté par CPI. Ph/radiookapi.net

La Cour pénale internationale (CPI) a acquitté ce mardi 18 novembre l’ancien chef de milice congolais Mathieu Ngudjolo Chui accusé des crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis en 2003 lors de l’attaque contre la localité de Bogoro en Ituri. Pour le procureur de la CPI, près de 200 personnes seraient mortes lors de ce massacre. Il a fait appel.

Dans un communiqué la CPI indique qu’au vu des différents éléments de preuve produits devant la chambre et des dépositions des témoins cités par le Procureur, la Défense, les représentants légaux des victimes et par la Chambre elle-même, « il n’a pas été prouvé au-delà de tout doute raisonnable que Mathieu Ngudjolo Chui était le commandant en chef des combattants lendu de Bedu-Ezekere lors de l’attaque lancée contre Bogoro ».

Le Procureur ayant fait appel, le même communiqué indique qu’il appartiendra à la Chambre de première instance de se prononcer sur le maintien en détention de Mathieu Ngudjolo Chui pendant la procédure d’appel. Une audience est prévue ce mardi pour discuter de cette question.

Pour la CPI, cet acquittement ne signifie pas que des crimes n’auraient pas été commis à Bogoro.

Le chargé de communication de la CPI en RDC, Paul Madidi estime nécessaire que la chambre se prononce sur le possible maintien en détention de Ngudjolo pendant la procédure d’appel.

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Un autre Congolais, Germain Katanga, est jugé à la CPI pour les mêmes crimes. Mais en  novembre dernier, la cour a décidé de disjoindre les charges portées contre les deux ex-miliciens. Le verdict concernant Germain Katanga sera prononcé ultérieurement.

Pendant son procès ouvert fin novembre 2009, Mathieu Ngudjolo, qui est infirmier, a plaidé son innocence et affirmé qu’il n’était pas à Bogoro le jour du massacre, procédant à un accouchement.

Mais pour le procureur qui n’avait pas contesté l’alibi de Mathieu Ngudjolo, « cela ne changeait rien à sa responsabilité».

Diverses réactions à Bunia

Le verdict prononcé mardi 18 décembre à la CPI en faveur de Mathieu Ngudjolo a suscité de diverses réactions à Bunia, chef-lieu de l’Ituri (Province Orientale).

La famille biologique de Mathieu Ngudjolo a célébré cette décision des juges de la CPI au rythme du folklore lendu. Déogratias Lotchubo Tchulo, frère aîné de l’acquitté, apprécie le travail des juges de la CPI:

«La CPI a fait un bon travail. Le procureur avait amené de faux témoins pour salir le nom de Mathieu Ngudjolo. La famille et moi remercions le groupe de juges pour avoir mis fin à ce problème».

Ce sentiment de satisfaction est également partagé par Jean Pierre Ngabu, membre du parti politique Front des nationalistes et intégrationnistes (Fni), dont Mathieu Ngujolo fut le commandant de la branche armée à l’époque des conflits armés dans l’Ituri.

Cependant, l’Ong Justice Plus n’approuve pas ce verdict et estime que le procureur n’a pas fait suffisamment son travail.

Le porte-parole de cette organisation citoyenne, Mitterand Bossa n’a pas manqué de réagir :

«Justice plus ne se réjoui pas de cette décision, néanmoins elle s’incline. Nous nous pensons que le procureur a fait un travail qui n’était pas suffisant à donner plus de preuves à la cour pour inculquer Ngudjolo».

De la milice en Ituri à la prison de la Haye

Matthieu Ngudjolo a été arrêté à Kinshasa au début de 2008 avant d’être transféré à la CPI. Les crimes pour lesquels il a été poursuivi remontent à 2003 quand il était un des chefs présumés du Front nationaliste et intégrationniste (FNI), une milice créée fin 2002 et dont de nombreux membres, de la communauté Lendu, sont soupçonnés d’avoir participé à des massacres à caractère ethnique dirigés contre les Hema.

Il a été militaire dans l’armée zaïroise avant de déserter en 1996. Certaines sources soutiennent que c’est sa formation militaire qui a fait de lui un des principaux commandants du FNI.

Selon des informations de l’ONG Human Rights Watch, Ngudjolo « a lui-même pris part et dirigé les combattants du FNI lors de plusieurs massacres, notamment à Bogoro, Tchomia, Mandro et Bunia » en 2003.

Lors de l’ouverture de son procès, le procureur de la CPI, Louis Moreno Ocampo a soutenu que Matthieu Ngudjolo et Germain Katanga ont « utilisé des enfants soldats, tué plus de 200 civils en quelques heures, violé des femmes, des filles et des femmes âgées qu’ils ont transformé en esclaves sexuelles ».

Arrêté fin 2003 par l’Onu pour le meurtre d’un chauffeur à Bunia, Ngudjolo est transféré à la prison de Kinshasa avant d’être libéré en 2004, faute de preuve.

En 2005, il prend la tête du Mouvement révolutionnaire congolais (MRC) créé à Kampala. La milice sèmera la terreur en Ituri pendant plusieurs mois.

En juillet 2006, il signe un accord de paix avec le gouvernement congolais, promettant de démobiliser ses hommes contre la promesse d’une amnistie générale.

Il est promu colonel en 2007 et quitte l’Ituri pour un centre de formation des officiers militaires à Kinshasa où il est arrêté moins de trois mois plus tard.

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