Le député Jean-Bertrand Ewanga détenu à la prison de Makala

Jean Bertrand Ewanga, secrétaire général de l’UNC lors d’un meeting de l’opposition politique congolaise lundi 4 août à Kinshasa. Radio Okapi/Ph. John Bompengo.

Jean-Bertrand Ewanga, le secrétaire général de l’UNC, jugé en flagrance mardi à Kinshasa pour outrage au chef de l’Etat a passé sa première nuit à la prison de Makala. Les juges de la Cour suprême de justice avaient suspendu son procès en début de soirée et ordonné qu’il soit assigné à résidence. Le ministère public l’accuse d’avoir traité le président Kabila de « voleur et Rwandais » lors du meeting populaire tenu la veille dans l’est de la capitale de la RDC par les partis opposés à la révision constitutionnelle.

 « Nous l’avons accompagné et on a fait le cortège. Il est au CPRK [Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa, l'ancienne appellation de la prison de Makala, NDLR] », a déclaré tard dans la soirée Me Jean-Paul Basa, l’avocat de Jean-Bertrand Ewanga.

« Après avoir décidé de sursoir la séance, le procureur général de la République a introduit une demande de sa mise en détention préventive. Mais la cour a décidé qu’il soit mis en résidence surveillée. Malheureusement pour le procureur général de la République, la résidence surveillée pour lui veut dire aller au CPRK en violation de toutes les dispositions constitutionnelles et pénales », a regretté Me Jean-Paul Basa.

L’avocat a par ailleurs indiqué que la cour a décidé de «sursoir [l’audience] parce qu’il y a eu violation de la constitution. La loi de la flagrance qui a été appliquée viole les dispositions constitutionnelles, précisément l’article 21».

« Victoire de l’opposition »

Peu avant que le secrétaire général de l’UNC ne soit conduit à la prison centrale de Makala, les opposants se réjouissaient déjà de la suspension de la procédure en flagrance et de l’assignation à résidence surveillée, estimant qu’elles constituaient une victoire.

« C’est une première victoire parce qu’on ne saura pas prouver qu’Ewanga est coupable de tout ce qu’on lui reproche », a déclaré le secrétaire général du RDC/K ML, Koloso Sumaili.

D’après lui, « la Cour était embarrassée parce qu’elle n’a pas pu trouver des vraies raisons de son arrestation ».

«Quand les avocats ont soulevé l’inconstitutionnalité de cette arrestation, puisqu’eux parlaient de flagrance, alors qu’Ewanga a été arrêté chez lui à la maison à  6 heures du matin, alors que les faits qu’on lui reproche se sont déroulés à N’djili vers 14 heures. On a trouvé qu’il n’y avait pas flagrance. En tant que député, il fallait alors suivre la procédure », a ajouté Koloso Sumaili.

Propos injurieux

La majorité présidentielle a déploré « les propos injurieux » tenus par l’opposition à l’endroit du chef de l’état dans son meeting de lundi à N’djili. Dans un point de presse organisé mardi 5 août au Palais du Peuple, son porte-parole Sébastien Luzanga a jugé inacceptable ce comportement et a appelé les acteurs politiques de l’opposition à plus de responsabilité.

« Nous sommes en démocratie, c’est vrai. Le droit à l’opposition de manifestation est reconnu par notre Constitution mais le meeting d’hier, on a vu une opposition désemparée, qui a peur des élections et qui a versé dans les injures », a affirmé Sébastien Luzanga.

Le porte-parole de la majorité présidentielle a dit ne pas comprendre que l’opposition verse dans « l’outrage au chef de l’Etat, à leur chef de l’Etat ».

« Nous ne comprenons pas cette attitude, alors que nous sommes en démocratie. Ce sont eux qui crient démocratie, démocratie. Quand on leur demande de manifester, comme ils n’ont plus d’arguments, ils ne restent que des injures. C’est triste qu’ils se mettent à insulter notre chef de l’État », a regretté Sébastien Luzanga.

Il a aussi dénoncé les exemples des opposants qui auraient prédit que la RDC connaitrait le même sort que la Centrafrique et la Lybie, deux pays qui traversent une période d’instabilité politique et sécuritaire depuis la chute brutale de leurs dirigeants.

« Vous savez ce qui se passe en Centrafrique ou en Lybie ? Quel est ce kinois, qui peut accepter que nous soyons comme en Centrafrique où des gens sont en train de s’entretuer ? », s’est enfin interrogé Sébastien Luzanga.

Comportement républicain

« Si les partis politiques encadraient effectivement leurs militants, en affichant un comportement républicain exemplaire et en tenant compte des libertés fondamentales et de leurs limites, sans oublier les droits de l’homme et l’amour de la patrie, on éviterait d’éventuels dérapages et autres atteintes aux libertés, à la dignité des personnes et à l’ordre public », avait réagi pour sa part le ministre de l’Intérieur, Richard Muyej peu après l’arrestation de Jean-Bertrand Ewanga et avant son procès.

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