Kinshasa : accident de la rivière Kalamu, des familles continuent de chercher les disparus

Des taxis bus de marque Mercedes pour le transport en commun sur le boulevard du 30 juin le 20/04/2012 à Kinshasa. Radio Okapi/ Ph. John Bompengo

Trois jours après l’accident de circulation survenu sur le boulevard Sendwe à Kinshasa et qui a causé vendredi 3 mai la mort de vingt-quatre personnes, certaines familles continuent de chercher les corps de leurs parents qui auraient pris place dans le bus, une Mercédès 207. Le véhicule qui revenait du grand marché de Kinshasa est tombé dans la rivière Kalamu après avoir tenté d’éviter de percuter une autre voiture. Une trentaine de personnes avaient embarqué dans ce bus.

Dimanche dans la mi-journée, une mère qui pleurait abondamment était présente sur le lieu du drame espérant retrouver le corps de sa fille, une jeune étudiante de l’Institut supérieur de commerce (ISC) disparue depuis vendredi.

« Jusqu’à présent nous cherchons toujours en vain le corps de notre fille. Mais l’État ne fournit aucun effort pour nous aider », regrette le père de la disparue qui était aussi présent à la rivière Kalamu espérant que d’autres corps seraient retrouvés.

Deux jours après ce drame survenu sous une grosse pluie, de nombreux Kinois continuaient d’affluer sur le lieu de l’accident.

«  Nous regrettons. On ne voit même pas l’importance de l’État. Nous avons l’État, nous payons les impôts mais au retour l’État ne nous sécurise même pas. Alors qu’en France s’il y a un otage, il y a le président de la République qui monte ! Mais ici, une trentaine de morts, toutes les institutions sont calmes, toutes les autorités sont calmes comme si rien ne s’était passé parce que ce sont les petits peuples qui sont morts », déplore un curieux.

Les causes de l’accident ne sont pas encore connues. Mais Val Manga, le président de la Commission nationale de prévention routière (CNPR), estime que le conducteur du véhicule, l’état de la voiture et l’absence de signalisation sur le lieu de l’accident ont pu être à l’origine de ce drame.

«Au niveau du transport en commun, la sécurité c’est d’abord le conducteur lui-même. Ensuite, il faut savoir que les 207 n’ont que le frein avec plaquette. Quand ça cède, c’est fini, c’est fatal», explique-t-il, insistant sur la « problématique du contrôle technique de tous les véhicules  de transport en commun».

« Esprit de mort » 

Les Mercedes 207 sont devenues tristement célèbres à Kinshasa à cause des accidents qu’ils occasionnent. Les Kinois appellent ces bus « esprit de mort ». La plupart des Mercedes 207 roulant à Kinshasa sont au départ des fourgonnettes que les importateurs transforment en bus pour passagers.

L’aération y est souvent difficile faute de fenêtres adaptées. Les passagers, assis sur des banquettes en bois entourées de métal, voyagent coincés. Impossible de porter des ceintures de sécurité dans ces conditions. Les ceintures originales sont généralement coupées et servent de câble de remorquage pour ces véhicules trop souvent en mauvais état technique et qui tombent régulièrement en panne lorsqu’ils relient les différents points de la ville.

Dans une ville où les sociétés publiques de transport en commun sont quasi inexistantes, les Mercedes 207 des privés dominent en maîtres sur les routes. Leurs propriétaires recommandent aux chauffeurs d’entasser le maximum des passagers possibles pour réaliser des bonnes recettes. Les passagers, pas assez riche pour se déplacer quotidiennement en taxi dont les courses coûtent nettement plus chers, n’ont d’autres choix que de monter dans les « esprits de morts ».

En mai 2012, Kinshasa a été paralysé par une grève des transporteurs privés. Les autorités avaient renforcé les contrôles des véhicules. Les 207, comme on appelle aussi ces bus, étaient dans la ligne de mire. Les privés avaient alors garé leurs bus et voitures. Moins de 48 heures plus tard, les autorités rétro-pédalaient faute d’alternative pour le déplacement de près de 8 millions des Kinois.

La capitale de la RDC ne dispose que d’une seule ligne de train urbain qui relie les communes peuplées de l’est de Kinshasa au centre ville. Lors de la grève de mai 2012, le gouvernement avait doublé les rotations sur cette ligne. Sans succès.

Peu de feux de signalisation

« Je pense que la Commission nationale de prévention routière va implanter un panneau à cet endroit là [croisement sendwe-rivière Kalamu, ndlr] mais je lance un appel pour qu’il y ait installation des feux de signalisation lumineuse tricolore », demande par ailleurs Val Manga le patron de la prévention routière.

D’autres carrefours à risque manquent de panneau et de feux de signalisation à l’instar du croisement du boulevard triomphal et de l’avenue des Huileries. Un policier de roulage est posté à cet endroit entre 8h et 18 heures. Après, cette tranche d’heures les automobilistes se débrouillent pour rouler sur cette intersection de ce boulevard à huit bandes (dans les deux sens) élargi et allongé depuis quelques années.

Pour le commandant du bataillon Ouest de la Police de circulation routière, l’accident de la rivière Kalamu a été causé par l’excès de vitesse et le non respect du code de la route par le chauffeur de la Mercedes 207, le bus accidenté.

Les 207 roulent presque toujours à vive allure en brûlant les feux. Trop peu de conducteurs de ces bus sont formés dans les auto-écoles.

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