La prise d’otages, une pratique de plus en plus courante au Nord-Kivu

Un milicien Maï-Maï manipulant son arme dans une brousse à Beni (Nord-Kivu). Ph/Droits Tiers.

Les rebelles ougandais de l’ADF-Nalu ont kidnappé le mercredi 23 octobre une vingtaine de personnes dans la localité d’Upira à Beni (Nord-Kivu). Ce kidnapping n’est pas le premier dans ce territoire. Depuis près de deux ans, des cas d’enlèvements sont régulièrement enregistrés dans le Nord de la province du Nord-Kivu. Les auteurs de ces actes ne sont généralement pas connus même si les groupes armés actifs dans cette partie du pays sont mis en cause. Les autorités locales affirment lancer des enquêtes pour récupérer les otages mais les nouvelles sur leur libération sont rarement communiquées.

Si la presse a largement relayé l’enlèvement de trois prêtres à Beni en octobre 2012, plusieurs autres cas restent inconnus du grand public.

Le 19 octobre dernier, les trois prêtres du Diocèse de Butembo–Beni ont totalisé une année aux mains de leurs ravisseurs.  Les pères Jean Ndulani, Anselme Wasukundi et Edmond Kisughu avaient été enlevés par des hommes armés le 19 octobre 2012 dans la soirée au couvent de leur paroisse. Malgré les enquêtes lancées par les autorités locales, ils restent introuvables jusqu’à ce jour.

Mais ce cas n’est pas le plus ancien.

En décembre 2011, un autre religieux catholique avait été enlevé dans le même territoire de Beni. Cet enlèvement avait suscité un mouvement de protestation dans las ville de Beni. Les protestataires avaient déposé un mémorandum à la mairie. En réponse, le commandant de la police de Beni avait promis que des recherches seraient lancées pour le retrouver.

Des sources de la société civile avaient confié à Radio Okapi qu’un autre cas d’enlèvement avait enregistré dans la ville de Beni au cours du même mois.

Quelques mois plus tôt, le ministre provincial du Nord-Kivu avait fait état de plus de 800 cas d’assassinats, d’enlèvements, de vols, de pillages et d’évasions de prisonniers dans sa province entre janvier et juillet 2011.

Qui sont les preneurs d’otages ?

Si l’identité des preneurs d’otages n’est pas toujours révélée, la société civile du Nord-Kivu met régulièrement en cause les rebelles ougandais de l’ADF/Nalu.

Dans un rapport publié en février 2011, la société civile du territoire de Beni  a accusé ces rebelles d’être responsables de l’enlèvement de plus de quinze personnes dans la localité de Mayimoya.

Mais il est difficile d’attribuer tous les cas d’enlèvements dans cette partie du pays à un seul groupe. Plusieurs autres groupes armés y sont actifs.

Le porte-parole de la société civile du Nord-Kivu, Omar Kavota, estime que ces enlèvements à répétition sont la conséquence de l’échec des opérations Ruwenzori menées contre les groupes armés actifs de la province du Nord-Kivu.

Ras-le-bol de la population

Les habitants de certaines localités du territoire de Beni ont protesté ces derniers mois contre les enlèvements à répétition dans leurs milieux.

En mai 2013, les habitants dOïcha et Mbau ont observé trois journées ville morte pour exprimer leur ras-le-bol contre cette pratique.

A l’occasion, la société civile du territoire de Beni avait fait état de 160 personnes enlevées entre janvier et mai de cette année.

Certains notables  de la région avaient même traité le gouvernement congolais de laxiste dans la protection des populations civiles et leurs biens.

L’action publique

Au cours de ce même mois de mai, les députés nationaux ont interpellé le ministre de l’Intérieur, Richard Muyej, à ce sujet.

L’auteur de l’interpellation, le député Muhindo Nzangi, avait déploré les enlèvements, les viols, les pillages et les assassinats perpétrés par des groupes armés dans la province du Nord-Kivu.

En réponse, Richard Muyej avait assuré que le gouvernement mettait tout en œuvre pour combattre l’insécurité dans cette partie du pays et libérer les personnes prises en otage par des groupes armés.

Quelques jours après cette interpellation,  le ministre de l’Intérieur a annoncé le déploiement d’une unité spéciale de la police dans le territoire de Beni.

« Beni est véritablement un problème », avait-il reconnu en annonçant ce déploiement.

Mais l’arrivée de ces policiers n’a pas réussi à calmer les inquiétudes de la société civile de Beni qui a jugé insuffisant le nombre des agents de l’ordre, 75 au total, venus de Kinshasa.

«Là où 1 200 militaires FARDC ont échoué dans les opérations Ruwenzori, comment 75 policiers, qui viennent d’arriver, vont faire face à ce réseau de terroristes», s’était interrogé Teddy Kataliko, un des responsables de la société civile.

La question de la prise d’otages dans le Nord de la province du Nord-Kivu reste donc posée. Certains observateurs estiment que la lutte contre cette pratique n’est pas facilitée par la concentration des militaires congolais dans la partie Sud de cette province où ils combattent les rebelles du M23.

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