Promouvoir la paix par la peinture : le défi de deux casques bleus uruguayens

A peine le pied posé dans l’enceinte du bataillon uruguayen de la Monusco à Goma, le visiteur remarque d’emblée ce premier mur orné d’un style particulier pour la capitale du Nord-Kivu. Plus on avance dans le camp, et plus des tableaux de mille couleurs ornant les parois des containers se révèlent à nos yeux ébahis. Sommes-nous dans un camp militaire ou dans un centre d’expression créative ? Chars et autres engins de guerre, garés non loin, ne manquent pas de rappeler pourtant que nous sommes là en terre militaire. Il n’empêche.

Ici, l’art de la guerre se marie avec l’art tout court. Le major Batista, auquel incombe la difficile tâche de diriger ce bataillon, explique qu’il est plus agréable d’évoluer au quotidien dans un camp aux couleurs flamboyantes et qui ne font que mieux ressortir la luxuriance du jardin tiré au cordeau dans lequel se dressent les divers baraquements.

Ces tableaux s’inspirent des « peintres naïfs » du XIXe siècle, dont le maître incontesté n’est autre que le peintre français Douanier Rousseau. L'une des principales caractéristiques plastiques de l’art naïf consiste en un style pictural figuratif ne respectant pas - volontairement ou non - les règles de la perspective quant aux dimensions, à l'intensité de la couleur et à la précision du dessin. Sur le plan graphique, le résultat évoque un univers enfantin, d'où l'utilisation du terme "naïf".

Deux militaires, qui aiment manier le pinceau à leurs heures perdues, réalisent ces compositions picturales : le sergent Pablo Quevedo, 30 ans dont douze années dans l’armée, et le soldat Eduardo Venencia, 23 ans dont deux années d’armée. Issus de compagnies différentes en Uruguay, ils ne se connaissaient pas avant d’arriver à Goma dans le cadre de la participation de l’Uruguay au processus de paix et de stabilisation en RDC. Le sergent Quevedo est originaire de Passo de los Toros (département Tacuarembo) tandis que le soldat Venencia vient de Fray Bentos (département de Rio Negro).

Affectés à la sécurisation de l’aéroport de Goma, ils forment un tandem unique parmi les sous-officiers du bataillon uruguayen de la Monusco. Aucun n’a jamais suivi de cours de peinture. Ils ont seulement appris dans les rues uruguayennes au contact d’autres peintres amateurs. Tous les deux ont également l’habitude avant de peindre, à la demande, chez l’habitant dans leur ville respective durant leurs moments de loisirs.

A Goma, ils ont tout naturellement ressenti ce besoin de peindre la paix alors qu’ils vivent dans un environnement à la sécurité volatile. Ils affirment choisir leurs modèles en sélectionnant des images sur internet ou bien suivent leur propre inspiration.

« Nous peignons surtout en fin d’après-midi quand il fait moins chaud, jusqu’au soleil couchant », affirment-ils en chœur. A n’en pas douter, leurs murs peints confinent quasiment à des fresques murales. Ces tableaux aux couleurs chatoyantes et à l’expression en apparence enfantine, tout à la fois surprennent, émerveillent et libèrent une force pacifique et créatrice dans cette partie du rift est-africain où le mot « amani » (« paix » en kiswahili) ne cesse de résonner dans toutes les têtes tant ladite paix est grandement souhaitée par tous ici.

Texte : Marylène Seguy

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