Un vaccin contre la COVID-19 devra être «un bien public global» ( Antonio Guterres)

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a accordé au correspondant de RFI à Bamako, Serge Daniel, une interview dans laquelle il revient sur les mesures à prendre face aux risques que crée la pandémie de Covid-19 en Afrique, qu’il s’agisse de la situation alimentaire de certaines zones, ou aux menaces qu'il fait planer sur les échéances électorales à venir. Antonio Guterres insiste sur la nécessité de faire d'un futur vaccin contre le Covid-19 un « bien public global » et réagit au non-respect, sur plusieurs zones de crise, de l’appel à la trêve qu’il a lancé.

Les mesures à prendre face aux risques d’insécurité alimentaire

« Il y a des choses à faire dans le cadre du continent africain lui-même : l’appui aux agriculteurs, l’ouverture de couloirs pour le mouvement des denrées alimentaires, le perfectionnement des marchés etc. Mais, après, il faudra naturellement aussi prendre des mesures à l’échelle globale. Éviter par exemple des restrictions d’exportation de pays qui exportent des denrées en Afrique. Et augmenter notre capacité du point de vue du Programme alimentaire mondial (PAM) et d’autres institutions pour l’appui aux situations qui sont des situations de drame humanitaire. Mais je tiens à souligner l’importance de l’engagement des gouvernements et des communautés africaines dans les politiques agricoles. C’est à mon avis une question absolument clé. Souvent par le passé dans le monde –pas seulement en Afrique – des stratégies politiques ont négligé l’agriculture, ont tout misé sur l’industrialisation, sur la modernisation d’autres secteurs. La vérité, c’est que l’agriculture reste une base essentielle des économies, en Afrique et dans le monde. »

Les débats autour du potentiel futur vaccin contre le Covid-19

« J’ai dit, dès le premier moment, qu’il faut qu’un vaccin soit un bien public global. Cela veut dire que, quel que soit l’endroit où un vaccin sera découvert, naturellement les coûts devront être couverts par la communauté internationale, mais il faut que les permis de production soient immédiatement ouverts à n’importe quelle entreprise, n’importe quelle usine dans le monde, pour que le vaccin puisse être disponible partout et à un prix absolument raisonnable. La question de l’accès universel à un vaccin, c’est une question clé de mon point de vue. Il faut à tout prix éviter un mécanisme où le vaccin soit un produit commercial, où le pouvoir de l’argent définit l’accès à quelque chose qui doit être considéré comme un bien public global. (…) Si la production est une exclusivité de celui qui a inventé le vaccin et se fait à un prix défini pour des raisons commerciales, ça devient une injustice profonde, ça veut dire que seulement les riches – et les riches des pays riches – auront accès au vaccin. Ça, c’est absolument intolérable du point de vue moral et du point de vue politique. »

L’idée d’une trêve avec les jihadistes au Sahel.

« Je respecte les choix que les pays du Sahel font pour essayer de trouver une solution à la crise sécuritaire, mais je crains que beaucoup des groupes qui agissent dans le cadre de la région soient des groupes avec des motivations terroristes qui seront très difficiles à engager d’une façon positive vis-à-vis de la paix. »

L’investissement de la communauté internationale dans le règlement de la crise au Sahel

« Je me suis battu dès le commencement pour que le Sahel puisse avoir un appui de la communauté internationale bien plus fort que celui qui existe aujourd’hui, notamment du point de vue du G5 Sahel. J’ai toujours compris que le G5 Sahel devrait avoir un mandat sous chapitre VII [de la charte de l’ONU] et devrait avoir un financement garanti. J’ai vu avec beaucoup d’inquiétude un appui insuffisant du point de vue du G5 Sahel et de l’aide au développement. Je continue à prôner un engagement bien plus fort de la communauté internationale dans l’appui aux pays du Sahel. »

Antonio Guterres est-il déçu par l’absence de trêve au Cameroun avec les sécessionnistes ?

« Déçu, mais encore avec de l’espoir. Le président Biya a exprimé une attitude positive face à la possibilité d’un cessez-le-feu. Il faut qu’une possibilité de dialogue puisse être établie avec les mouvements armés. J’ai de l’espoir et je suis entièrement à la disposition du président et du peuple camerounais pour pouvoir aider. »

Le conflit libyen qui se poursuit, alimenté par des ingérences extérieures.

« La vérité, c’est qu’il y a en Libye une escalade militaire avec des armes qui arrivent, des mercenaires qui arrivent en violation absolue de la loi internationale. Je joins ma voix à celle de l’Union Africaine : il faut à tout prix arrêter ce scandale. Il faut qu’il y ait un cessez-le-feu effectif et il faut qu’il y ait un dialogue intra-libyen. »

La dette : faut-il aller au-delà du moratoire décidé par les pays du G20 ?

« Je crois que cette suspension n’est pas suffisante. Je crois que tous les pays en développement qui ont des problèmes d’accès aux marchés financiers, qui ne peuvent pas correspondre au service de la dette doivent avoir une suspension de ces paiements. En même temps, il nous faut préparer un allégement ciblé de la dette face à des situations qui n’auront pas de solution… et une approche plus globale, plus structurelle, parce qu’il nous faut à tout prix éviter qu’il y ait dans le futur une série de faillites qui puisse engendrer une dépression à l’échelle globale. »

Avec rfi.fr

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