Traque des FDLR : bilan "inacceptable" sur les civils tués, selon Human Right Watch

Rebelles FDLR

Rebelles FDLR

Le prix payé par la population civile pour l’opération militaire contre les FDLR dans les deux Kivus est inacceptable. Il faut renforcer de toute urgence la protection de cette population. C’est la conclusion à laquelle est arrivé Human Rights Watch. L’Ong britannique de défense des droits de l’homme se base sur un rapport de la Congo Advocacy coalition, une plate-forme de 84 groupes d’aide humanitaire et de défense des droits humains, sur le bilan des opérations Kimia depuis janvier 2009., rapporte radiookapi.net

Les chiffres avancés dans ce rapport sont éloquents. Depuis le lancement de la traque des rebelles hutus rwandais des FDLR, le tableau présente 1 143 civils tués, dont 10 chefs locaux, 7 000 femmes et filles violées dont la majorité par les FDLR lors des opérations militaires et aussi par des soldats FARDC déployées dans ces opérations, près de 900 000 civils forcés d’abandonner leurs maisons, 6 037 logements détruits par le feu (tant par les FDLR que par des éléments FARDC), 123 attaques des FDLR contre des villages ainsi que des centaines de civils enrôlés pour le travail forcé et de nouveaux recrutements dans les rangs des FDLR.

Du côté des rebelles hutus rwandais eux-mêmes, les opérations militaires menées contre eux par les FARDC, avec l’appui de la Monuc, insiste le rapport, ont donné jusqu’ici les résultats suivants, d’après les mêmes sources : 250 à 300 combattants tués, 1 071 FDLR rapatriés, 1 632 dépendants retournés, 10 949 réfugiés rwandais rapatriés, les FDLR coupées partiellement de leurs sources de revenu, retour dans leurs milieux d’origine des dizaines de milliers de déplacés dans le Nord et le Sud-Kivu, ainsi que la réduction de la capacité militaire des FDLR.

Appel à la communauté internationale

Au regard de ce tableau, les 84 groupes d’aide humanitaire et de défense des droits humains estiment que l’opération militaire Kimia 2 menée par le gouvernement congolais dans l’Est du Congo, appuyée par les soldats du maintien de la paix des Nations Unies et visant à contrer les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR, milices hutues rwandaises), a entraîné un coût inacceptable pour la population civile. Ils exhortent ainsi les diplomates et représentants de l’Onu à prendre des mesures immédiates pour renforcer la protection des civils. Ces diplomates et représentants de l’Onu, rappelle-t-on, doivent se rencontrer à Washington cette semaine pour discuter de la situation dans l’Est du Congo et dans toute la région.

« Les conséquences de l’opération militaire actuelle sur le plan humanitaire et des droits humains sont tout simplement désastreuses », a indiqué Marcel Stoessel, directeur d’Oxfam. « Les soldats du maintien de la paix de l’Onu, qui ont un mandat de protection des civils, doivent de toute urgence travailler avec les forces gouvernementales pour garantir la protection des civils, protection dont ces derniers ont besoin, faute de quoi ils doivent cesser leur soutien », a-t-il conclu.

Echec ?

Au mois de juin dernier, Willy Mishiki, ancien vice-ministre sous la transition Mobutu et acteur politique de Walikale au Nord-Kivu, avait estimé, dans une interview sur une radio internationale, que l’opération Kimia était en réalité un échec au regard de la situation sur le terrain. Parce que, avait-il expliqué, cette opération n’arrivait pas à mettre fin à la présence des FDLR dans l’Est de la RDC. « Cela nous prendra beaucoup d’années pour mettre fin à la présence des FDLR dans la province du Nord-Kivu et même dans l’Est du pays », avait indiqué Willy Mishiki. Au mois d’aout dernier, faisant l’évaluation de la même opération, une quarantaine de chefs traditionnels de la province du Nord-Kivu, au cours d’une rencontre avec des responsables locaux de la Monuc à Goma, s’étaient aussi prononcés sur le sujet. Tout en reconnaissant des avancées « très significatives » matérialisées notamment par le rapprochement entre la RDC et son voisin le Rwanda, ces chefs coutumiers avaient sollicité du gouvernement congolais de revoir la stratégie des opérations Kimia 2 de manière à pousser els FDLR à traverser les frontières rwandaises au lieu de les pousser à se réfugier à l’intérieur des frontières congolaises.