Affaire Roger Lumbala: le ministre de l’Intérieur suspend le parti RCD/N

Siège de RLTV à Kinshasa. Radio Okapi/ Ph. John Bompengo

Le ministre de l’Intérieur, Richard Muyej, a suspendu, mardi 8 janvier, les activités du Rassemblement des Congolais démocrates et nationalistes (RCD/N) sur toute l’étendue de la RDC, affirmant avoir entrepris une démarche pour obtenir la dissolution de ce parti. D’après lui, le président de ce parti, Roger Lumbala, a fait alliance avec les rebelles du M23 et les ténors du RCD/N n’ont pas dénoncé sa démarche. Ces derniers ont promis, de leur côté, de saisir la justice pour annuler la décision du ministre.

Pour le ministre de l’Intérieur, «c’est clair ! Roger Lumbala a choisi de quitter la scène de la démocratie pour jeter son dévolu sur l’utilisation des armes pour accéder au pouvoir.» Pareil choix, selon lui, est contraire à la loi régissant les partis politiques et à la constitution du pays.

Le 3 janvier, le député de l’opposition Roger Lumbala avait déclaré à Jeune Afrique: «Je n’ai pas adhéré au M23, mais je soutiens le M23 (…), qui mène une lutte armée contre le régime de Joseph Kabila » dans l’Est de la RDC depuis mai 2012.  Le jour suivant, il avait fait partie de la délégation rebelle aux pourparlers de Kampala avec le gouvernement de Kinshasa, affirmant y avoir été invité par le M23 en sa qualité de membre de l’opposition politique.

Richard Muyej a justifié sa décision de sanctionner et Roger Lumbala, et son parti:

«Nous nous attendions que les ténors de son parti puissent dénoncer cette démarche perverse. Mais, ce que nous avons suivi à travers les médias, c’était plutôt des messages d’encouragement ou des explications pour légitimer la démarche. Nous avons compris que c’était l’engagement de tout un parti pour adhérer au schéma insurrectionnel choisi par le M23. Et je crois qu’il n’y a pas plus grave que ça pour frapper

Le ministre dit avoir également initié une démarche visant la dissolution du RCD/N:

«La décision que nous avons prise n’est qu’une première [étape], dans les limites de nos compétences. Mais, nous avons initié une démarche vers le pouvoir judiciaire pour la dissolution pure et simple de ce parti

La réaction du RCD/N ne s’est pas faite attendre. Pour le secrétaire général de ce parti, Moïse Moni Della, le ministre de l’Intérieur doit faire la différence entre un individu et un parti politique. «Un parti politique (…) est un groupe de gens qui ont souscrit par rapport à un statut, à un projet de société.», a-t-il rappelé.

Moïse Moni Della a promis de saisir la justice pour obtenir l’annulation de la décision du ministre:

«Roger Lumbala n’a pas engagé le RCD/N. Et le RCD/N n’a pas dit que nous adhérons au M23. S’il y avait une décision prise clairement par les instances du parti [pour adhérer à ce mouvement rebelle], là, on peut être sanctionné

Le RCD/N a réaffirmé sa détermination à respecter la légalité. «Nous allons, nous, utiliser les voies de recours. Nous devons respecter la loi. Et c’est ça mon état d’esprit», a déclaré Moïse Moni Della.

Au cours de la plénière du même mardi 8 janvier, les députés ont invalidé le mandat de Roger Lumbala, estimant pour la plupart d’entre eux qu’il a trahi la RDC en s’affichant publiquement avec les rebelles du M23 et en les soutenant.  L’invalidé a dit ne pas être surpris par par cette décision, tout en estimant que  la procédure de son invalidation n’avait «pas respecté le règlement intérieur de l’Assemblée nationale».

Le Procureur général de la République avait demandé la levée de l’immunité de Roger Lumbala pour déclencher des poursuites judiciaires contre lui.

Réfugié en France en septembre 2012 après avoir été interpelé par les services de sécurité burundais, Roger Lumbala, est accusé par le gouvernement congolais d’être de connivence avec le M23.

Interrogé depuis Paris, il avait nié tout lien avec le mouvement rebelle; avant d’être aperçu au cours d’une conférence de presse de la rébellion à Bunagana et de se rendre à Kampala avec la délégation rebelle.

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