La «Nécropole entre Terre et ciel» change les usages funéraires à Kinshasa

Vue du cimetière Nécropole de Kinshasa, mai 2014. Radio Okapi/Ph. John Bompengo

L’arrivée des privés dans la gestion des cimetières change peu à peu les usages funéraires dans la ville de Kinshasa, notamment en matière d’inhumation. Parmi ces cimetières, dont certains sont gérés par un partenariat public-privé, on peut citer Mingadi 1 et 2, la nouvelle cité de Benseke et la Nécropole entre terre et ciel. Radio Okapi s’est notamment intéressé aux usages dans ce dernier cimetière, qui se démarque des ces anciens lieux de repos érigés depuis plusieurs années à Kinshasa et dans les provinces congolaises.

L’aménagement et l’entretien des cimetières comme des lieux normalement fréquentables ne fait pas partie de la culture congolaise. Souvent considérés comme des lieux mystiques dans l’imaginaire populaire, les cimetières sont au mieux évités, au pire laissés à l’abandon.

De ce fait, la Nécropole entre ciel et terre (Etec) semble nager à contre-courant. Situé dans la commune de la N’sele, à l’Est de la ville, ce cimetière n’a rien à envier à un lieu touristique.

Projeté depuis 2008, l’Etec a été ouvert en 2011. Il est le fruit d’un partenariat public-privé et reste sous tutelle du ministère provincial de l’Intérieur.

Selon son administrateur, Eric Mukuna, sa gestion est totalement privée. Sur place, on note cependant la présence d’un préposé du gouvernorat pour la perception des taxes.

«La taxe d’inhumation, comme on l’appelle, est en deux parties. Il y a une première partie de 20 $ qui est le permis d’inhumation lui-même. Et une partie de 50$ qui est le permis de construire du caveau. Ce qui fait un total de 70$. Donc, nous les percevons dans notre tarification et nous les reversons dans le compte de la DGRK pour la ville», a expliqué M. Mukuna.

Cependant, un enterrement à la Nécopole Etec coûte entre 1 890 à 6 390 dollars américains. Une tarification qui semble bien excessive pour beaucoup.

M. Mukuna justifie ce coût par la qualité du caveau à construire ainsi que l’entretien des tombes.

«On le fait avec des blocs de 20, béton armé en dessous, béton armé au dessus. De facto, tout ça représente déjà un coût. A la suite de ça, il faut tenir compte de l’entretien, le coût d’entretien sur une certaine durée», a-t-il affirmé.

Pour lui, il y a un prix à payer si l’on veut honorer les personnes disparues.

«Aujourd’hui, les gens doivent comprendre que le cimetière ce n’est pas une décharge humaine, c’est un site où on peut se remémorer la mémoire de ceux qui nous ont été chers», a-t-il déclaré.

Le «client» est roi

Et la Nécropole Etec met tout en œuvre pour honorer ses «clients», morts comme vivants.
Dès leur arrivée dans le cimetière, les proches du disparu sont installés sur des chaises pour assister à la cérémonie d’adieu, à la «place de l’Eternité».

Prenant la parole, le responsable du cimetière annonce à l’assistance la «nouvelle adresse» du défunt, constitué du numéro de sa tombe et des noms de sa rue et de son quartier. La Nécropole est en effet organisée en quartiers et rues.

L’assistant administratif de la Nécropole Etec, Tabuku Papy, cite des quartiers tels que Pagagus, Origa, Atlas, Naos, Constellation, Mercuria, Artiste, Columbarium, ou encore le mémorial des disparus, qui est encore en construction.

Un disparu, dont notre reporter à assisté à l’inhumation, repose désormais au numéro 494 de la rue des rêves, dans le quartier Origa. Ces adresses devraient permettre aux proches des disparus de retrouver leurs tombes sans difficultés, même plusieurs années plus tard.

ujourd’hui, retrouver la tombe d’un proche disparu constitue un parcours de combattant dans plusieurs anciens cimetières de la capitale kinoise.

Un parent, qui a enterré sa fille au quartier Vega, dans la rue Karibu, au numéro 84, témoigne qu’une année après, il a retrouvé sur sa tombe les gerbes de fleurs artificielles qui y avaient été déposées.

La Nécropole couvre 17 hectares et compte 22 quartiers, dont 18 sont encore en cours d’aménagement.

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