RDC : un député de l’opposition poursuivi pour outrage à Joseph Kabila

Bertrand Ewanga, secrétaire général du parti Union nationale pour le Congo en février 2010 à Bruxelles.

Jean-Bertrand Ewanga, député national et secrétaire général de l’Union pour la nation congolaise (UNC) est poursuivi pour outrage au chef de l’Etat, Joseph Kabila. Son procès en flagrance a débuté mardi 5 août dans l’après-midi, quelques heures après son arrestation. Le ministère public indique que lors du meeting de l’opposition organisé lundi dernier à Kinshasa, l’opposant Ewanga, a qualifié le chef de l’Etat de « voleur et de Rwandais ». Il a été arrêté ce mardi matin en sa résidence.

Quelques heurs après son arrestation, Jean-Bertrand Ewanga a été transféré à la Cour suprême de justice (CSJ) où son procès en flagrance se déroule.

A en croire le ministère public, dans ses propos, le secrétaire général du parti de Vital Kamerhe aurait dit que « Kabila est un voleur, il est Rwandais et devrait retourner chez lui ».

Jean-Bertrand Ewanga risque 3 à 5 ans de prison pour ces faits, indiquent ses avocats, qui déplorent tout de même un vice de procédure.

Selon eux, en cas de flagrance, la Cour devrait d’abord saisir le président de l’Assemblée nationale puisque Jean-Bertrand Ewanga est un député national. Mais ce préalable et tant d’autres n’ont pas été respectés.

L’arrestation de Jean Bertrand Ewanga est intervenue au lendemain du meeting organisé à N’djili, dans l’est de la capitale de la RDC, par plusieurs partis de l’opposition dont l’UNC. Ils protestaient contre la révision de la constitution et ont appelé le président Joseph Kabila au dialogue inclusif conformément aux accords d’Addis-Abeba, selon leur interprétation.

L’opposition condamne

L’opposition s’est insurgée contre l’arrestation de Jean-Bertrand Ewanga. Lors d’une rencontre mardi 5 août avec le président de l’Assemblée nationale, les opposants ont estimé que la justice ne respecte pas elle-même la loi.

« Nous avons appelé le président de l’Assemblée nationale [Aubin Minaku] et nous lui avons dit que ça commence à faire trop. Nous sommes là en tant que législateur pour faire les lois mais certaines institutions ne veulent pas respecter ces lois », a déploré l’opposant Jean-Claude Vuemba.

Il a dit ne pas comprendre que « des gens qui tiennent des meetings en tant que députés nationaux, qui communient avec leur base, et qu’Ewanga soit le seul aujourd’hui à être devant la justice ».

« Nous étions 12 orateurs hier à N’Djili. Mais pourquoi seulement lui ? », s’est-il interrogé. D’après  Jean-Claude Mvuemba, le président de l’Assemblée nationale a été « d’une sincérité extraordinaire »:

« Lui-même n’a pas été au courant des faits. Il [Aubin Minaku] venait de recevoir la correspondance du procureur général de la République. Maintenant, il est en train de lui répondre parce que c’est une affaire doublement politique ».

« Abus de la liberté d’expression »

Pour Richard Muyej, le ministre de l’Intérieur, Décentralisation et Affaires coutumières, Jean-Bertrand Ewanga n’a tout simplement pas observé le pacte républicain. Dans une communication faite ce mardi à la presse, il a estimé que le secrétaire général de l’UNC a « abusé de sa liberté d’expression ».

« Je ne parlerais pas beaucoup pour ne pas gêner l’action de la justice. Je crois qu’Ewanga a abusé de sa liberté d’expression. Il a oublié qu’il avait la liberté de s’exprimer, et que sa liberté avait des contours et que les autres aussi avaient leur liberté. Je crois, à mon avis, qu’il est allé un peu loin. Et je préfère laisser la justice faire son travail », a affirmé Richard Muyej qui rappelle que d’autres députés ont également été arrêtés pour « dérapage » :

« Je voudrais aussi vous rappeler que ce n’est pas le premier cas. Il y a eu un député de la majorité du MSR [Mouvement social pour le renouveau] qui avait aussi dérapé dans ses interventions à Goma. Il vient d’être libéré grâce à l’amnistie »

Richard Muyej a rappelé aux politiciens qu’ils sont aussi « des hommes et qu’ils ne sont pas au-dessus de la loi ».

« Il faudrait que nos politiciens réalisent qu’ils sont des hommes comme des autres et que personne n’est au-dessus de la loi. Nous tenons beaucoup au respect de la liberté d’expression et nous avons arrêté celui qui avait une dose particulière dans le contenu de son message », a déclaré le ministre de l’Intérieur.

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