ACP : « Ebola : retrait de la riposte de 72 bénéficiaires de 700 millions USD introuvables »

Deux sujets majeurs dominent l'actualité en RDC ce vendredi 16 octobre : d'une part, la vive polémique financière autour de la traçabilité des fonds destinés à la riposte contre l'épidémie d’Ebola ; d'autre part, les vives réactions et condamnations que continue de susciter sur l'échiquier politique national la création du « Front pour la refondation de la nation » (FRN) par l'ancien président Joseph Kabila.

L’Agence congolaise de presse (ACP) rapporte que les organisations et structures bénéficiaires directes des 700 millions de dollars américains actuellement introuvables, destinés au financement de la riposte contre la 17e épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC), sont désormais interdites d’opérer. Cette décision émane du ministre de la Santé qui l’a annoncée jeudi 15 octobre à l’ACP.

« Sur les 97 structures de mise en œuvre (de la riposte contre Ebola), 25 ont répondu à l’appel du gouvernement et ont droit à l’accréditation pour travailler sur le terrain », a déclaré à l’ACP Roger Kamba, ministre de la Santé.

« Ne peut se déployer sur le terrain que celui qui détient une accréditation, a décidé la Première ministre », a expliqué le Dr Kamba.

Les fonds promis ou décaissés par les bailleurs ne sont pas encaissés par le Trésor public de la RDC, a réagi de son côté le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, sur son compte X.

Pour se faire accréditer, il faut justifier l’utilisation des fonds et assurer la traçabilité des ressources obtenues auprès des bailleurs, a encore expliqué à l’ACP le ministre Kamba.

EcoNews rappelle l’interpellation choc lancée à Kinshasa, mercredi, par le Dr Jean Kaseya, directeur général d'Africa CDC. Selon ce responsable, sur les 962 millions de dollars annoncés et décaissés par les bailleurs internationaux pour financer la riposte contre Ebola, un peu plus de 200 millions seulement ont pu être documentés sur le terrain auprès des organisations non gouvernementales chargées de leur exécution.

Dès lors, c’est un gouffre financier de plus de 700 millions de dollars qui demeure sans traçabilité claire, alimentant de légitimes zones d’ombre. Toutefois, Le Phare nuance en précisant que ce montant ne signifie pas automatiquement un détournement avéré, mais exige des partenaires de mise en œuvre et des ONG bénéficiaires une transparence absolue ainsi que des justificatifs rigoureux sous la supervision du gouvernement congolais.

L’onde de choc du FRN se poursuit sur la scène politique

Le Phare ouvre le bal des analyses sécuritaires en titrant sans détour : « FRN : Kabila, supplétif de Kagame pour "congoliser" la crise sécuritaire ». Le quotidien soutient que l’ancien chef de l’État aurait été poussé par le président rwandais Paul Kagame à prendre la tête de cette nouvelle coalition politico-militaire, intégrant l’AFC/M23, dans le but déclaré de faire passer l’agression rwandaise pour une simple affaire interne congolo-congolaise.

Dans la même veine, ce journal relaie la sortie du professeur Tryphon Kin-Kiey Mulumba. L'ancien candidat à la présidentielle appelle les Congolais à l’unité nationale et à un sursaut d’orgueil, exhortant ses compatriotes à « ne pas congoliser les guerres des puissances extérieures ». Tout en réitérant son soutien indéfectible au président Félix Tshisekedi, il rejette catégoriquement tout recours aux armes pour la conquête du pouvoir, privilégiant la voie du dialogue national.

Cette levée de boucliers contre la nouvelle plateforme de Goma trouve un écho particulier dans les colonnes d’Infos27, qui rapporte la réaction du RCD-KML d’Antipas Mbusa Nyamwisi. Celui-ci qualifie cette démarche d’inopportune et brandit le spectre d’une nouvelle fracture nationale comparable à la partition du Soudan, tout en réaffirmant son attachement au dialogue inclusif.

Par ailleurs, La Prospérité et Congo Nouveau signalent que la riposte institutionnelle ne s’est pas fait attendre à Kinshasa. Le gouvernement, par l’entremise du vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, a ordonné l’interdiction immédiate des activités de treize partis et formations politiques sur toute l’étendue du territoire national. Parmi eux figurent notamment le PPRD de Joseph Kabila ainsi que le LGD de Matata Ponyo, soupçonnés d’entretenir des liens avec cette nouvelle mouvance armée.