Bernard Kouchner: « C'est fini la charité internationale...»

Bernard Kouchner

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Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner a séjourné la semaine dernière en RDC avant de poursuivre sa tournée au Rwanda. Avant de quitter Kinshasa, il a tenu une conférence de presse dont radiookapi.net reprend quelques extraits ci-dessous.

Q Mr Bernard Kouchner, la France est l’un des pays qui avait accompagné les rebelles hutus rwandais en 1994 pour qu’ils s’installent finalement en Rdc. Aujourd’hui ils sont à la base de l’insécurité dans la région des Grands Lacs, est ce que pour leur retour, vous en parlez avec le président rwandais ?

B.K : Oui, Monsieur, je vais en parler avec le président rwandais, je lui porterai le message du président Kabila. Si vous m’accordez de ne pas en dire plus, nous verrons bien comment ça se passera. Mais la France n’a pas accompagné un certain nombre des gens qui probablement pour certains d’entre eux, avaient du sang sur les mains. Non.
Nous avons fait une opération Turquoise qui était destinée à ramener la paix dans un pays en plein génocide. Malheureusement, en effet, un certain nombre probablement des responsables mais pas tous, étaient responsables. Mais pas l’ensemble des gens qui sont venus sur votre territoire qui étaient responsables…[…] D’une certaine manière bien sûr , on a empêché à ce qu’il y ait plus d’exactions. Mais je ne peux pas vous laisser dire que nous les avons accompagnés. Nous ne les avons pas accompagnés, et moi-même qui étais pendant ce temps là de l’autre coté au Rwanda et qui ai vu le génocide, je n’ai jamais accusé l’armée française et je ne l’accuserai jamais d’avoir participé à ça et ce n’est pas vrai.

En revanche, il y a eu des décisions politiques qui, à mon avis, étaient très discutables. Je ferai ce que je pourrai, je ne vous laisserai pas dire que les Français ont accompagné certains des auteurs, ils ne l’ont pas fait.

Ces rebelles hutus rwandais et leurs familles réclament beaucoup de garanties de sécurité pour rentrer au Rwanda. Quelle sera l’implication de la France pour faciliter effectivement le retour dans leur pays ?

B.K : Je vous l’ai dit, je verrai cela avec le président Kagame, et s’il veut bien me répondre, et bien je serai heureux que la France participe à l’apaisement. Et vous savez, il y a eu beaucoup de gens accusés sûrement à raison et parfois à tort, et qui ont passé des années en prison au Rwanda.

Et puis finalement, il faut savoir quand même que ce pays a supprimé la peine de mort. Ce qui pour les auteurs d’un génocide est quand même du jamais vu dans l’histoire. […]Je ne peux pas me mettre à la place des Rwandais, c’est à eux de décider. Je porterai le message et je sais qu’il y a évidemment une position, comment dirai-je, au processus d’engagement qu’il serait très intéressant de faire valoir du coté rwandais.

Soft International : Aujourd’hui, la France engage la normalisation avec le Rwanda, cela voudrait-il dire qu’elle rejette l’enquête du juge Bruguière qui accuse le pouvoir de Paul Kagame d’être déclencheur du génocide.

B.K : Non monsieur. Nous considérons que la situation normale entre les pays, c’est d’avoir des relations diplomatiques et que la rupture des relations diplomatiques doit être combattue et que nous devons retrouver des relations normales avec le Rwanda. Mais, nous ne sommes pas chargés de mandat d’amener international. Cela n’a rien avoir, il faut séparer la justice internationale des relations bilatérales entre la France et le Rwanda.

rnCongoweb TV : le président Sarkozy viendra en RDC ?

B.K: Il y a eu un projet de visite qui a été plusieurs fois modifié comme très modestement mon projet. Pour le moment, il y a toujours ce projet, mais je vous l’ai dit, j’ai invité le président Kabila à visiter la France. Je ne sais pas si le Président Sarkozy pourra mettre ce projet en œuvre, je n’en sais rien parce que son calendrier est extraordinairement chargé. Je pense qu’il le fera, mais je ne sais pas quand, honnêtement. Ca demeure un des projets. Il sera je suis sur très heureux d’apprendre que le président Kabila viendra. Est-ce que c’est lui qui pourra venir avant, ça je n’en sais rien, sinon je vous le dirais.

Télé 7 : Que propose aujourd’hui la France à ses relations avec l’Afrique ?

B.K: Ce n’est pas avec le Chef d’Etat seulement qu’il faut coopérer mais avec le peuple et les nations. C’est cela la différence. Je pense qu’il faut plus travailler avec les sociétés civiles. Pour cela, il faut qu’il y en ait. Pour ça, il faut faire des projets avec elle et que ce soit les Congolais qui les mettent en œuvre… C’est fini la charité internationale, je veux vous donner un exemple dans le domaine de la santé que je connais pas mal et dans le domaine du Sida, on ne peut plus faire ça du sommet et proposer juste de l’argent et ça va aller.

Non, il faut que les gens s’impliquent, il faut faire des assurances maladies. Il n’y aura pas de gratuité de la santé pour les pays en développement avec de l’argent venu des fondations seulement et du miracle. Ce n’est pas possible. Donc, il faut faire ensemble. Voila ce que c’est pour moi, le renouvellement de la coopération. Ce n’est pas de s’assurer qu’il y ait un chèque fait par un chef d’état, par une fondation pour repeindre un hôpital ou mettre quelques équipements, ce n’est pas suffisant. Si on ne le fait pas avec des gens, ça ne marche jamais.