Magloire Mpembi a publié «Vivre et mourir à Kinshasa. 1992-2007»

Pendant la pluie sur le boulevard du 30 juin dans la commune de la Gombe le 3/09/2013 à Kinshasa. Radio Okapi/Ph. John Bompengo

«Vivre et mourir à Kinshasa. 1992-2007» est le titre de l’ouvrage que vient de publier Magloire Mpembi Nkosi. Cet ouvrage de 160 pages, publié aux éditions L’Harmattan, explique les réalités de la vie des Kinois. L’auteur revient sur certains évènements marquants de ces dix dernières années dont l’affrontement armé entre les soldats de l’armée congolaise et la garde rapprochée de l’ancien vice-président Jean-Pierre Bemba Gombo. Magloire Mpembi a accepté de répondre aux questions de Radio Okapi.
 
Radio Okapi: Sur la couverture de l’ouvrage, on voit la photo d’un véhicule à gros tonnage surchargé des produits agricoles en pleine ville de Kinshasa, à côté d’une belle voiture. Qu’avez-vous voulu montrer à travers ce cliché ?
 
Ce cliché a pour but de montrer la capacité des Congolais à se débrouiller mais aussi les contrastes de la vie à Kinshasa. On suppose que ce soient des commerçants qui surchargent ainsi les véhicules, des gens qui se battent pour la survie, alors que juste à côté vous avez une très belle voiture qui peut symboliser l’aisance matérielle. C’est ce contraste que je voulais montrer. D’ailleurs, vous remarquerez que le véhicule prend une grande place sur la photo. C’est vraiment une insistance sur la capacité des Congolais à se débrouiller.
 
Radio Okapi: Vous évoquez les situations politiques et économiques pour situer les lecteurs dans des contextes bien précis. Ainsi, à la page 21 vous dites: «un cargo affrété par le groupe belge vendant et achetant sur le marché congolais tout ce que pouvait l’être: cobalt, cuivre et diamant, prenaient la direction d’Anvers». Est-ce que vous exprimez là une crainte ?
 
Ce n’est pas spécialement une crainte, c’est mettre le doigt dans quelque chose qui se passe dans notre pays, une sorte de pillage continu. Oon va dire depuis le XIVe et XVe siècle, avec l’arrivée de Diego Cao. On a commencé à piller nos minerais mais aussi à saigner ce pays avec l’esclavage aussi bien dans l’Est du pays que dans l’Ouest. Aujourd’hui encore, il y a beaucoup de zones en Amérique ou en Haïti ou vous sentez la présence congolaise dans les manifestations culturelles ou religieuses. J’ai donc essayé un peu d’insister sur cette économie bizarre dans laquelle certains pillages continuent au profit de certains groupes et non pas au profit de notre pays et de notre population.
 
Vous parlez aussi dans ce livre des conséquences qui ont découlé des affrontements entre les FARDC et la garde rapprochée de l’ancien vice-président Jean- Pierre Bemba Gombo en plein centre-ville de Kinshasa, après les élections de 2006. Des élèves ont été bloqués dans leurs écoles à la Gombe.
 
Je suis Kinois. J’ai vécu ces évènements qui étaient douloureux. Mais ce qui m’a fait mal, c’est de voir les enfants payés pour un affrontement dont ils ne connaissaient ni les tenants, ni les aboutissants. C’est quelque chose qui m’est resté sur le cœur de voir les enfants bloqués deux à trois jours loin de leurs parents. Je suis psychiatre de formation, je sais ce que veut dire un traumatisme psychique. Et je suppose même que très peu d’enfants ont été pris en charge correctement après ces évènements. C’était donc une occasion pour rappeler que nous, les adultes nous posons des actes dont les enfants payent beaucoup les conséquences.
 
Radio Okapi: Un autre aspect de la situation de crise que vous abordez dans le livre concerne les hôpitaux qui manquent de sang pour la transfusion. C’est toujours pour dénoncer les violences sous toutes ses formes ?
 
C’est pour dénoncer des situations que l’on vit. Je pense qu’il y a  un certain nombre de gens qui ont déjà amené des parents à l’hôpital et on n’a pas toujours de bonnes conditions pour les soigner et ce n’est pas toujours de la mauvaise volonté des médecins. Parfois, il n’y a tout simplement pas de matériels. J’aime bien donner cet exemple : au début des années 1980 le président américain  Ronald Reagan avait été victime d’un attentant de la part d’un déséquilibré. Si vous suivez le film de l’évènement, on a tiré sur lui et ses gardes du corps ont intimé l’ordre au chauffeur d’amener le président dans un Hôpital le plus proche. Donc la sécurité du président savait qu’un hôpital à Washington, New York ou ailleurs est suffisamment équipé pour que même si le président est touché on puisse l’amener et le soigner. Et ça, c’est quand même quelque chose qui doit nous faire réfléchir. C’est pour ça on doit avoir des hôpitaux qui marchent et qui peuvent servir à tout le monde.
 
Propos recueillis par Marcel Mayoyo.

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