Manda Tchebwa : « La rencontre avec Peter Gabriel a lancé la carrière internationale de Papa Wemba »

Papa Wemba en concert à la Halle de la Gombe, Kinshasa, février 2010.

Présentateur vedette de l’Invite du Dimanche, la chronique musicale dominicale à succès sur la télévision publique congolaise (zaïroise à l’époque) dans les années 90, Manda Tchebwa a longtemps côtoyé Papa Wemba dont il a suivi la carrière depuis le début. Dans l’entretien qu’il nous a accordé pour nous parler du chanteur décédé dimanche à Abidjan, Manda Tchebwa révèle que la rencontre avec Peter Gabriel a réellement lancé la carrière internationale de Papa Wemba.
 
Que peut-on retenir de la carrière de Papa Wemba ?
 
Beaucoup de choses. Nous venons de perdre une icône. Papa Wemba c’était l’incarnation d’un certain type de musique congolaise. Papa Wemba est un artiste charismatique. C’est le modèle d’un battant, un autodidacte sorti du néant. On peut même dire comme il aimait le dire lui-même, c’était un paysan, un villageois qui débarque un matin à Kinshasa et qui au fil des ans réussit à imposer son nom et à inscrire sa carrière dans l’histoire de la musique congolaise. En cinquante ans de carrière, il faut retenir que Papa Wemba est resté musicien jusqu’à la fin de sa vie. Il a traversé un certain nombre d’étapes. Il a commencé sa carrière de manière professionnelle avec Zaïko. Ce que les gens ne savent peut-être pas, ce que dans l’histoire officielle de Zaïko, Papa Wemba est le tout premier chanteur de Zaïko.  
 
La musique de Papa Wemba est allée même au-delà des frontières de la RDC. Comment cela a-t-il été rendu possible ?   
 
Quand il s’en va s’installer pendant quelques années en Europe accompagné par un journaliste français du journal Libération et appuyé par un ancien conseiller culturel de l’ambassade de France à Kinshasa, les premiers contacts qu’il a eus lui ont porté bonheur tout de suite. On l’a mis en contact avec un nouvel environnement artistique en Europe. Tout de suite, il s’est dévoilé comme un interprète hors pair. Ce qui lui vaut la sympathie de quelqu’un comme Peter Gabriel. Je pense que c’est là que part réellement sa carrière internationale parce que quand il rencontre Peter Gabriel, celui-ci va l’adopter tout de suite. Il va l’intégrer dans une tournée mondiale qui a duré trois ans. C’est au cours de cette tournée qu’il a pu réaliser un certain nombre de chansons avec le travail d’arrangement de Lokwa Kanza qui lui a permis de réaliser sur un mode beaucoup plus professionnel le fameux album « Show me the way » qui a eu un retentissement mondial. Ajouté à ça, son contact avec le Japon. Les Japonais sont tout de suite tombés amoureux de sa musique. De telle sorte qu’on a retrouvé une espèce de Viva La musica jusqu’au Japon où on a eu un orchestre japonais qui travaillait essentiellement sur le modèle Viva La musica. Ils imitaient tout jusqu’à la mimique de l’artiste. C’est vous dire que c’est quelqu’un qui a marqué à la fois l’Orient et l’Occident. 
 
Papa Wemba représentait aussi quelques grandes marques japonaises. Parlez-nous de ce domaine?
 
On l’appelle « Roi de la sape ». Mais ça c’est un ingrédient qu’il a utilisé pour accompagner sa carrière musicale. Lui-même le disait, il a introduit cet espace d’esthétisation du corps humain et du beau maintien parce qu’il avait un message. Il voulait apprendre à la jeunesse à être propre, à mieux s’habiller. Je pense qu’il avait un penchant pour l’habillement si bien qu’on peut regretter un tout petit peu qu’il ait porté sa voix gratuitement dans le marketing de tous ces faiseurs de mode japonais, malgré lui.
 
Quand on parle de Papa Wemba aujourd’hui, il faut aussi intégrer une dimension culturelle. Il est rentré dans le cinéma un peu par hasard. Le film qui a beaucoup marqué sa carrière c’est « La vie est belle ». Le succès qu’il a eu a permis de faire découvrir l’autre face de l’artiste.
On peut mettre aussi à con crédit la bande dessinée qui a été réalisée par Barly Baruti. C’est un support important pour la meilleure connaissance de l’artiste. Entre le film et la bande dessinée, on se rend compte que c’est la bande dessinée qui est le meilleur reflet de sa biographie parce que c’est lui-même qui semble avoir fourni toutes les informations sur sa vie au bédéiste. Ce sont quelques clins d’œil qu’il a faits dans les autres disciplines. Tout ça, ça fait partie des visages de l’artiste.
 
Entretien réalisé par Jocelyne Musau.

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