Meurtres de professionnels de santé à Isangi : vague d’indignation dans le corps médical

Dans un geste de protestation et de deuil, le Secrétariat exécutif provincial de l’Ordre des médecins de la Tshopo a décrété un arrêt de travail de deux jours, ce lundi 13 et mardi 14 octobre 2025, à la suite de l’assassinat du Dr Placide Mbungi et de trois autres professionnels de santé non médecins dans le territoire d’Isangi.

Le Dr Mbungi et ses trois compagnons épidémiologistes ont été atrocement battus à mort, puis brûlés, le lundi 6 octobre, dans le territoire d’Isangi, à 125 km à l’ouest de Kisangani (Tshopo). Ils étaient accusés à tort d’être des féticheurs qui feraient disparaître les organes génitaux des personnes qu’ils saluaient.

Ces scènes macabres ont eu lieu à Ilambi, dans la zone de santé d’Isangi, et à Yafwira, dans celle de Yabaondo. Les victimes étaient en réalité des enquêteurs en mission pour l’École de santé publique, en prévision de la campagne de vaccination des enfants zéro dose, selon le médecin chef de division provinciale de la santé, Bienvenue Ikomo.

Les enfants zéro dose sont ceux qui n’ont jamais été vaccinés, généralement parce qu’ils vivent dans des zones d’accès difficile.

Selon le Dr Alliance Tagoto, secrétaire exécutif provincial de l’Ordre des médecins de la Tshopo, cet arrêt de travail vise à dénoncer ces meurtres qu’il qualifie de barbares et inacceptables. Le Dr Tagoto appelle à une prise de conscience nationale sur la sécurité du personnel médical.

L’émotion reste vive dans les milieux médicaux. À Kindu, l’Ordre des médecins du Maniema a également réagi avec fermeté. Lors d’une interview accordée à Radio Okapi, le vendredi 10 octobre, le président provincial, Dr Charles Omesumbu Lokale, a condamné avec force cet assassinat :

« Nous, médecins du Maniema, condamnons avec la dernière énergie l’assassinat crapuleux de notre collègue, le Dr Placide Mbungi Pangalala, tué de manière atroce à Isangi alors qu’il était en mission officielle ».

Appel à la sécurisation et à la justice

Le Dr Omesumbu a interpellé le gouvernement congolais sur la nécessité de sécuriser les médecins, qu’ils soient en mission à l’intérieur du pays ou en poste dans les centres urbains. Il a également demandé une prise en charge conséquente de la famille du défunt, notamment par le versement pérenne de son salaire, de sa prime de risque et d’une indemnisation, pour une durée d’au moins 25 ans, afin de soutenir ses enfants encore en bas âge.

L’Ordre des médecins du Maniema appelle la population congolaise à faire preuve de respect envers le personnel médical et à éviter toute forme de violence ou de représailles, comme celles survenues à Isangi.

Ce drame ravive les inquiétudes sur les conditions de travail et de sécurité des soignants dans les zones reculées du pays.

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