Pakadjuma après le déguerpissement : entre ruines, survie et désespoir, les familles reviennent faute d’alternative

Près d’un mois après le déguerpissement musclé de Pakadjuma, dans la commune de Limete à Kinshasa, plusieurs familles reviennent s’installer sur les décombres de leurs anciennes maisons, a constaté mardi 3 mars le reporter de Radio Okapi.

Malgré les risques liés aux intempéries, à l’insalubrité et à l’absence de services de base, les habitants disent ne plus supporter les conditions du site de relocalisation de la N’Sele, où ils avaient été déplacés.

Selon les témoignages recueillis sur place, les familles relogées dénoncent la faim, l’absence d’eau et d’électricité ainsi que des cas suspects de choléra touchant les enfants. Beaucoup ont abandonné ce site.

De retour à Pakajuma, sur une vaste étendue de débris, de tôles froissées, de planches brisées et de restes de maisons réduites en morceaux, ce mardi, des dizaines de personnes marchent parmi les ruines. Certaines portant des objets récupérés, d’autres fouillant le sol à la recherche de matériaux réutilisables. Ces habitants reviennent dans leur ancien quartier détruit et démantelé par l’Hôtel de ville de Kinshasa.

Des rails de chemin de fer traversent le site, jonchés de détritus, rappelant que l’opération de démolition visait notamment, selon les autorités, à libérer l’emprise ferroviaire de l’ONATRA.

Aucun abri solide n’est visible : uniquement des bâches, des morceaux de bois, des objets épars.

Les habitants évoluent dans un environnement totalement déstructuré, où chaque mètre carré raconte la brutalité du déguerpissement.

 « Rester sur les ruines vaut mieux que mourir de faim ou de maladie dans le site de relocalisation »

Sous un ciel chargé de nuages laissant filtrer une lumière blanche, accentuant l’impression d’étendue ouverte et de vulnérabilité, une femme revenue du site de relocalisation de N’Sele témoigne :

« Qu’on trouve une solution… Ici aussi, nous avions commencé à exercer de petits commerces. Nous n’étions pas là pour de mauvaises activités. S’ils[les autorités] peuvent nous donner de l’argent pour que nous nous déplacions par nos propres moyens, ce serait mieux. Parce que là où on nous envoie, les gens meurent. Une maman a accouché de trois enfants. Ils sont tous morts. À cause des inondations, il n’y a pas de place pour s’installer. Les gens vivent à l’extérieur. »

Ces habitants de Pakadjuma refusent de partir à nouveau.

« Nos enfants étudiaient, mais maintenant, avec les conditions dans lesquelles nous vivons, ils ne peuvent plus étudier. Nous n’avons pas de maison. Comment veux-tu que les enfants étudient dans ces conditions ? Plusieurs enfants meurent faute d’abri. S’il vous plaît, aidez-nous même à retourner dans nos villages », plaide une autre mère.

La démolition du site de Pakadjuma, le 10 février dernier, avait suscité manifestations, affrontements et barricades, plongeant la commune de Limete dans un climat de tension inhabituel.

Les habitants avaient dénoncé une opération menée « sans préavis clair », les laissant sans abri du jour au lendemain.
Depuis, la colère n’est pas retombée.

Beaucoup estiment que les autorités n’ont pas prévu de véritables mesures d’accompagnement, malgré la gravité de la situation humanitaire.

Face aux critiques croissantes, la bourgmestre de Limete assure que des dispositions sont en cours sur le site de relocalisation :
« La ville est en train de prendre des dispositions pour les déplacer et les loger. Ils sont en train de construire des tentes. »

Mais sur le terrain, aucune amélioration immédiate n’est visible selon les familles retournées à Pakadjuma. Elles affirment qu’à N’Sele, les ménages continuent de vivre sans abri, sans eau potable et sans services sociaux.

Aujourd’hui, la population de Pakadjuma se retrouve piégée entre deux options douloureuses :

• rester sur un site dévasté, exposé aux intempéries et au manque d’hygiène ;
• retourner dans un site de relocalisation jugé invivable, où les cas de maladie et la faim sont rapportés.

Entre l’espoir d’être entendus et la peur d’une nouvelle expulsion, les sinistrés demandent avant tout une chose :
« Être relogés dignement, dans des conditions humaines ».

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