Saturé et menacé par l’érosion, le cimetière du quartier Hôpital inquiète la population de Kananga

À première vue, le cimetière du quartier Hôpital, à Kananga (Kasai-central), ressemble à un vaste espace abandonné. Une végétation dense recouvre une grande partie du site, rendant difficile l'identification de nombreuses tombes. Entre les herbes hautes et les sentiers à peine visibles, seuls quelques proches de défunts s'activent encore à entretenir les sépultures de leurs familles, a constaté dimanche 31 mai le reporter de Radio Okapi. Mais derrière cette apparence de calme se cache une réalité beaucoup plus préoccupante. Le plus grand cimetière de la province du Kasaï-Central est aujourd'hui confronté à une saturation avancée qui suscite l'inquiétude des riverains et des visiteurs.

Selon plusieurs habitants rencontrés au cimetière du quartier Hôpital, il devient de plus en plus difficile de trouver un espace libre pour de nouvelles inhumations. Certaines tombes sont désormais creusées à proximité immédiate d'anciennes sépultures, tandis que d'autres emplacements accueillent plusieurs enterrements successifs.

« Vous pouvez creuser à quelques mètres et trouver un corps. À gauche, il y a un cercueil et à droite un autre. Parfois, on fait sortir les restes d'un corps pour les mettre de côté avant d'enterrer une nouvelle personne », déplore Dominique Kawelo, riverain du site.

Ces pratiques choquent de nombreux habitants qui y voient une atteinte à la dignité des défunts. Pour plusieurs familles, le manque d'espace transforme progressivement le lieu de repos éternel en un espace où les sépultures se chevauchent et où la mémoire des disparus est menacée.

À cette saturation s'ajoute un autre problème : l'avancée inquiétante d'une tête d'érosion au sud du cimetière. À chaque pluie, des portions de terrain s'effondrent davantage, mettant à nu des vestiges funéraires. Des restes de cercueils, des ossements humains et des fragments de tissus apparaissent parfois à la surface, offrant un spectacle difficile à supporter pour les visiteurs.

Des risques sanitaires

Cette situation alimente également les craintes sanitaires des populations vivant à proximité du cimetière. Plusieurs habitants redoutent les conséquences que pourrait avoir l'exposition de restes humains dans un environnement déjà fragilisé par l'insalubrité.

Le manque d'entretien du site accentue encore davantage le problème. Les herbes envahissent les allées et recouvrent les tombes. En l'absence d'un programme régulier d'assainissement, ce sont principalement les familles des défunts et certains groupes religieux qui assurent ponctuellement le désherbage.

Venu se recueillir sur la tombe de son père, Vicky Mbombo raconte les difficultés auxquelles sont confrontées les familles.

« Nous sommes obligés de venir enlever les herbes chaque mois. Si nous ne le faisons pas, personne ne viendra le faire à notre place », explique-t-il.

Face à cette accumulation de problèmes, les habitants de Kananga lancent un appel pressant aux autorités provinciales. Ils demandent des mesures urgentes pour désengorger le cimetière, sécuriser les zones menacées par l'érosion et améliorer l'entretien du site.

Appel pour la désaffectation du cimetière de l’Hôpital

Les riverains estiment également qu'il devient indispensable d'ouvrir un nouveau site d'inhumation afin de préserver la dignité des défunts et d'éviter les risques sanitaires liés à la saturation actuelle.

Du côté des autorités, la situation est reconnue. Pascal Dibondo, chef de la division provinciale de l'Intérieur, confirme que le cimetière du quartier Hôpital a atteint ses limites. Il indique que le gouvernement provincial travaille actuellement à l'identification d'un nouvel espace destiné aux inhumations avant d'engager une réorganisation du site existant.

En attendant des solutions concrètes, le cimetière continue de se dégrader au rythme des enterrements et des pluies. Pour de nombreux habitants de Kananga, l'urgence n'est plus seulement de trouver de la place pour les morts, mais aussi de préserver le respect qui leur est dû.

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