Lambert Mende: « 5 à 8% seulement de Congolais ont été expulsés de Brazzaville jusque là »

Lambert Mende, Ministre de l’Information, Communications et Médias lors d’une Conférence de Presse à Kinshasa, le 03/01/2012. Radio Okapi/Ph. Aimé-NZINGA

Jusque là, seulement cinq à huit pourcents de Congolais de Kinshasa ont été expulsés du Congo-Brazzaville. Le porte-parole du Gouvernement, Lambert Mende, a livré ces chiffres mercredi 30 avril à Kinshasa au cours d’une conférence de presse. Les expulsions des ressortissants de la République démocratique du Congo de la République du Congo, à travers l’opération « Mbata ya mikolo » [Gifle des aînés, NDLR], ont débuté depuis trois semaines. L’ONG de droits de l’homme la Voix des sans voix (VSV) dénonce les conditions inhumaines dans lesquelles cette opération se déroule.

La RDC a été accusé de mollesse dans l’affaire des expulsions de ses citoyens. Plusieurs lui avaient suggéré de rappeler son ambassadeur en poste à Brazzaville, de rompre les relations diplomatiques, d’appliquer la réciprocité, et au besoin de fermer la frontière.

Mais le ministre Lambert Mende explique que ce genre de réaction aurait porté préjudice aux Congolais qui sont restés au Congo Brazzaville :

« En tout état de cause, le gouvernement de la RDC estime avoir bien fait en traitant ce problème grave avec toute la circonspection qu’il mérite. Ceux qui tiennent à pousser les autorités de la RDC sur les chemins d’une réaction viscérale, d’exaspération font peu cas des 92 à 95 % de Congolais de Kinshasa qui demeurent encore à un titre ou à un autre dans ce pays voisins. Et il est prudent de ne pas compromettre leur quiétude par des décisions à l’emporte-pièce », a-t-il souligné.

Commission d’enquête

VSV,

Au cours d’un point de presse tenu mercredi à Kinshasa, la secrétaire national chargée de la communication de la VSV, Laurette Misenga, a demandé la mise en place d’une commission mixte d’enquête sur les conditions d’expulsion des ressortissants de la RDC du Congo (Brazzaville).

A en croire cette ONG, les informations en sa possession font état de traitements cruels, inhumains ou dégradants et de tortures

Selon la VSV, cette commission sera aussi chargée d’établir les responsabilités à tous les niveaux.

Cette ONG envisage d’ester en justice les autorités de Brazzaville à la Cour pénale internationale (CPI), en synergie avec les défenseurs des droits humains du Congo voisin afin d’éviter l’impunité.

La VSV a aussi appelé les deux gouvernements à privilégier des voies apaisées et diplomatiques pour mettre immédiatement fin à ces expulsions.

Cette ONG a demandé aux autorités de la RDC de prendre en charge de manière effective, complète et appropriée tous les expulsés sans discrimination, et de mettre en œuvre des mesures sécuritaires et humanitaires d’encadrement aux frontières des deux Etats. Ce qui n’est pas le cas actuellement.

Désespoir des expulsés

Des familles refoulées de Brazzaville cherchant à rejoindre leurs proches le 24/04/2014 à l’entrée principale de l’ex- port Onatra à Kinshasa. Radio Okapi/Ph. John Bompengo

Depuis trois semaines, les ressortissants Congolais qui quittent Brazzaville ne cessent d’arriver au Beach de la Société congolaise des transports et ports (SCTP) à Kinshasa.

Ceux qui ont regagné le pays mercredi avant-midi, ont déclaré qu’ils quittaient d’eux-mêmes le Congo (Brazzaville), cédant aux menaces d’expulsions.

Il y a des expulsés qui ont carrément abandonné les membres de leurs familles à cause de cette pression. « J’ai tellement souffert que j’ai du abandonner mon fils de 15 ans qui est resté en prison», a déclaré une femme désespérée.

Trois bateaux de la SCTP remplis de personnes en règle ou sans papiers, en bonne santé ou malade ont accosté au port. Certains expulsés affirment avoir été victimes de violence.

D’autres encore reviennent au pays dans un état de santé critique après avoir été victime des violences. C’est le cas d’un homme d’une trentaine d’années que les reporters de Radio Okapi ont retrouvé dans les bureaux de la Croix-Rouge au Beach.

Il n’arrive pas à se tenir debout à cause des coups reçus lors de son expulsion de Brazzaville, explique-t-il.

Dans le groupe des expulsés, il y a beaucoup de femmes. Certaines ne retrouvent plus leurs jeunes enfants dans ce désordre. Chacun cherche à se frayer un chemin dans la foule qui se trouve au Beach, pendant que le personnel de l’immigration tente d’identifier toutes ces personnes avec les moyens du bord.

A Kinshasa, quelques personnes ont manifesté contre ces expulsions sur l’avenue Lukusa à l’entrée du port.

Cette manifestation s’est achevée devant l’ambassade du Congo Brazzaville sur le boulevard du 30 juin.

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