A Kananga, on apprend à vivre sans l’électricité de la SNEL

«J’en avais assez. Je me suis décidé d’acheter un groupe électrogène. Cela me profite aussi pour faire fonctionner mon salon de coiffure». La vingtaine passée, 1,70 m, pantalon brun et chemise jaune, assis dans un fauteuil de son salon de coiffure, Yannick, se souvient du jour où il a acheté un groupe électrogène «sur un  coup de tête», excédé par les coupures d’électricité à Kananga.

En fait, la ville est privée d’électricité depuis près de trois semaines.

Avant cette coupure, les habitants de la capitale provinciale du Kasaï-Central se contentaient de quelques heures d’électricité fournies par la SNEL. Certains jours, l’électricité était fournie pendant six heures. D’autres jours, l’entreprise publique n’en fournissait que pendant trois heures. Juste de quoi charger les téléphones et repasser quelques habits, commente un  habitant de la ville.

Mais depuis le début du mois, la SNEL ne fournit plus d’énergie électrique, exaspérant une population qui se résout désormais à recourir aux groupes électrogènes et panneaux solaires.

Certaines personnes qui possèdent des groupes électrogènes de grande capacité revendent l’électricité à des ménages.

Yannick «Dynastie» s’est lancé dans cette activité plutôt lucrative. Avec son groupe électrogène, il alimente jusqu’à cinquante ménages.

Moyennant 2000 francs congolais (1,3 dollars américains), on peut s’acheter de l’électricité pendant trois ou quatre heures. Quand on veut en avoir pendant toute la journée, il faut débourser jusqu’à 3500 francs congolais (2,3 dollars américains).

Dans la ville, l’activité est florissante. C’est une fois la nuit tombée que le manque d’électricité à Kananga se dévoile vraiment. L’obscurité est complète quand on se promène dans la ville.

C’est peut-être pour cette raison que les avenues sont presque désertes le soir dans cette ville d’environ un million d’habitants qui, comme toute la région, a basculé dans la violence l’année passée.

Une ampoule allumée et des bruits de moteur suffisent pour identifier les maisons alimentées par les groupes électrogènes.

Et la SNEL ?

Anthony Tshibuabua, directeur de la Société nationale d’électricité (SNEL) au Kasaï et au Kasaï-Central, reconnaît les difficultés de son entreprise à desservir la ville de Kananga en électricité.

Il affirme que depuis le 31 juillet dernier, le groupe thermique qui alimente la ville en électricité a arrêté de fonctionner, faute de carburant.

Selon lui, les recettes générées par la SNEL dans la ville (les clients domestiques de l’entreprise reçoivent une facture forfaitaire mensuelle de 65 000 francs congolais, environ 40 dollars américains) sont insuffisantes pour acheter du carburant nécessaire pour faire fonctionner le groupe thermique. De nombreux clients n’honoreraient pas leurs factures. Ce qui expliquerait en partie la desserte séquentielle de l’électricité.

Au cours des mois de juin et juillet derniers, c’est le gouvernement provincial qui avait fourni le carburant pour le groupe thermique.

L’année passée, la SNEL avait majoré ses factures pour lui permettre d’être autonome et pouvoir se procurer le carburant. Face aux vives protestations de la population, l’entreprise a été obligée de revoir sa copie.

«Actuellement, l’entreprise fonctionne à perte», concède Anthony Tshibuabua.

Il annonce cependant avoir reçu environ 46 millions de francs congolais de la direction générale de la SNEL pour acheter du carburant afin d’alimenter à nouveau la ville «d’ici la fin du mois».

Mais pour que son entreprise soit autonome, il envisage de s’adresser aux «forces vives» de la ville pour «trouver une formule». Pour le moment, il refuse d’en dire davantage.

Katende, la longue attente

Pour résoudre les difficultés de desserte en électricité à Kananga, une centrale solaire avait été inaugurée par le chef de l’Etat en juillet 2016.

Albert Usotshika, ministre provincial de l’Energie, note que cette centrale fournissait de l’électricité jusqu’au mois d’avril dernier et prenait en charge plus de 800 abonnés.

Selon lui, cette centrale peut toujours desservir la ville en électricité si elle dispose du carburant grâce auquel la centrale peut fonctionner le soir.

«S’ils ont du carburant bon marché, ils peuvent reprendre la fourniture d’énergie», assure le ministre.

Mais M. Usotshika pense qu’une solution durable aux problèmes d’électricité à Kananga et dans la province ne sera trouvée que lorsque la centrale hydro-électrique de Katende sera mise en service.

Les travaux de construction de ce barrage lancés en 2011 avaient été interrompus à cause des violences dans la province.

Albert Usotshika ne précise pas quand les travaux vont reprendre. Il indique cependant que 18 mois seront nécessaires pour les achever une fois que les travaux auront repris.

Entretemps, le ministre conseille à la population de payer ses factures pour permettre à la SNEL de s’approvisionner en carburant et de continuer à lui fournir de l’énergie grâce au groupe thermique.

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