Hervé Bourges, ex-PDG de RFI, TF1 et France Télévisions, analyse les mutations du monde des médias et des relations franco-africaines avec l’arrivée au pouvoir de François Hollande. Deuxième partie de l’interview (2/2)
Slate Afrique – Comment expliquer que l’Afrique ne soit pas parvenue à faire émerger des médias comparables à Al Jazeera pour le monde arabe?
Hervé Bourges - Oui, c’est vrai que l’Afrique manque d’un équivalent d’Al Jazeera. A l’époque où j’y étais, dans les années 1970, c’était le temps du parti unique, du journal unique, de la télévision unique.
Or, il y a quand même maintenant une presse indépendante, variée, dans certains pays africains comme le Sénégal, le Mali, le Bénin, ou même au Cameroun. Des radios rurales importantes et intéressantes existent. Mais il est vrai qu’il manque encore de grandes chaînes africaines comme dans d’autres pays, des chaînes qui puissent jouer un rôle international. Et cela pour plusieurs raisons essentielles. Il faut des moyens financiers. Il faut des gens très compétents pour mettre en œuvre. Certains se font aussi des illusions.
Longtemps, je me suis heurté à la réalité. C’est très bien de dire en Afrique «Vive la liberté de la presse!». Mais qu’est-ce que la liberté de la presse dans un pays où il n’y a pas le pouvoir d’achat, et où il y a des analphabètes?
Pour lire un journal, il faut pouvoir l’acheter et il faut pouvoir le lire! Pour le développement d’une presse privée, c’est vrai aussi pour la télévision, il faut qu’il y ait un marché. A mon avis, il pourrait tout à fait exister une chaîne continentale – en français ou en anglais – si les Africains se mettaient d’accord entre eux. Car il y a des gens de qualité, dont certains malheureusement s’expatrient pour pouvoir exister. Lire la suite sur SlateAfrique.com








