Jean-Pierre Lacroix sur les Casques blues tués : «Il y aura une enquête très poussée»

Le secrétaire général adjoint des Nations unies chargé des opérations de maintien de la Paix, Jean-Pierre Lacroix a séjourné mardi 19 décembre à Beni au Nord-Kivu. Il a encouragé les Casques bleus tanzaniens de la MONUSCO à poursuivre leur mission de protection des civils dans la région, en dépit des pertes subies notamment lors de la dernière attaque attribuée aux présumés rebelles ougandais des ADF. Dans cette interview exclusive accordée à Radio Okapi, il aborde aussi les questions politiques, principalement la situation des élections en République démocratique du Congo. Il appelle à la mise en place des mesures de décrispation pour «améliorer le climat». Interview.
 
Monsieur Jean-Pierre Lacroix, vous arrivez en RDC après un séjour en Tanzanie pour un hommage aux Casques bleus tués. Le gouvernement tanzanien demande aux Nations unies de diligenter une enquête transparente, internationale  et urgente. Avez-vous évoqué cette question avec la Tanzanie ?
 
C’est un incident très grave. Toutes nos pensées sont toujours tournées vers les victimes et les familles des morts mais aussi les blessés auxquels on souhaite un prompt rétablissement. Il y aura une enquête très poussée qui sera faite. J’ai eu l’occasion de dire aux autorités tanzaniennes civiles et militaires, mais aussi aux responsables militaires des pays qui contribuent à la brigade d’intervention, que cette enquête se fera en étroite liaison avec eux.
 
A quel niveau les Nations unies vont s’impliquer pour l’aboutissement de cette enquête ?
 
L’enquête sera conduite avec les moyens qu’il faudra. Les conclusions et les recommandations qui en résulteront seront évidemment examinées, traitées au plus haut niveau et le plus rapidement possible. Il y a des groupes armés notamment des ADF et autres qui intensifient leurs activités, oppriment la population et pillent les ressources. Comme nous dérangeons par nos activités, ces groupes s’attaquent à nous. C’est peut-être aussi une manière de leur part de reconnaitre que nous avons un impact puisque nous les empêchons de faire ce qu’ils veulent. Il faut à tout prix travailler pour être plus effectif dans la réaction contre ces groupes et c’est sera l’objet de l’enquête. Bien attendu, ce travail devra aussi être fait avec les autorités de la République démocratique du Congo, parce que c’est leur responsabilité première d’assurer la sécurité sur le territoire de ce pays. Nous, nous sommes en appui. J’ai eu l’occasion de m’entretenir de ce sujet avec son excellence le président de la République et différents responsables du gouvernement congolais. Nous sommes d’accord pour déterminer que nous allons travailler ensemble.
 
Il est trop tôt pour dire quelles conclusions nous allons tirer. Nous avons quelques idées, quelques éléments déjà. Je me suis moi-même rendu sur le lieu de l’incident aujourd’hui [mardi 19 décembre] avec d’autres collègues de la MONUSCO mais il faut évier de tirer des conclusions trop rapides, et en même temps il faut agir très rapidement et regarder tous les éléments qui ont contribué à créer des conditions de cet incident.
 
Il y a eu une période d’accalmie dans la zone de Beni. Et les trois derniers mois ont été sanglants. Les rebelles visent les services de sécurité, surtout les Casques bleus. Est-ce que ces faits ne mettent pas en doute les capacités de la MONUSCO à assurer son mandat de protection des civils ?
 
Vous avez raison. Ce groupe avait été affaibli par le passé, par une action conjointe de la MONUSCO et des Forces armées de la République démocratique du Congo. Ce qui prouve qu’il est possible d’affaiblir ce groupe. La MONUSCO a prouvé qu’elle pouvait affaiblir ce groupe, pas seulement les ADF, je pense aussi à la résistance efficace qui a permis d’empêcher la prise d’Uvira [Sud-Kivu] par un groupe de Maï-Maï Yakutumba. Il y en a d’autres aussi. Donc il faut regarder les actions de la MONUSCO dans une approche globale. Reconnaitre les échecs, les limites, travailler dessus et reconnaitre le succès qui existent aussi mais aussi développer la coopération avec les Forces armées de la République démocratique du Congo.
 
Jean-Pierre Lacroix, abordons maintenant l’actualité politique congolaise. Le calendrier électoral a été publié le mois dernier par la Commission électorale nationale indépendante. A quelques jours de la fin de 2017, vous confirmez l’appui des Nations unies ?
 
Les Nations unies vont continuer à appuyer le processus électoral bien entendu. Comme je l’ai indiqué au président de la République et aux responsables gouvernementaux, avec qui je me suis entretenu, la MONUSCO est à disposition et continuera à apporter tout le soutien que nous pouvons apporter dans le cadre de nos moyens. Je crois qu’il faut dire deux choses : l’organisation des élections est une prérogative nationale. C’est la responsabilité première des autorités congolaises et du peuple congolais. La deuxième chose, nous allons soutenir mais pas seul. Nous avons des partenaires, des pays de la région, l’Union africaine, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), la SADC. Tous, ensemble, nous allons travailler collectivement pour soutenir ce processus.
 
A l’approche du 31 décembre, la tension ne fait que monter au pays. Des manifestations publiques sont réprimées ou interdites. L’opposition estime qu’il faut une transition sans le président Joseph Kabila. Qu’est-ce que vous pouvez dire à ce sujet ?
 
Je crois qu’il est important pour que le processus électoral puisse se tenir et que le calendrier électoral soit tenu, que les conditions soient réunies pour la tenue des élections. Ça suppose d’une part les moyens, l’organisation, le planning, ce que nous allons soutenir. Ça suppose également qu’il y ait un climat qui soit de nature à permettre des élections libres et démocratiques. Dans ce contexte, il est évident que certaines mesures peuvent être prises, qu’on appelle des mesures de décrispation qui peuvent contribuer à améliorer le climat et à donner à tous le sentiment qu’ils pourront pleinement participer et être des partenaires et acteurs de ce processus électoral.
 
L’année 2017 se termine. Quel message vous pouvez adresser aux Congolais et aux membres des missions de la paix au monde ?
 
Aux Congolais, je leur dirai que la MONUSCO et les Nations unies sont à leur côté. Parfois il y a des revers et nous ne faisons pas tous ce que nous souhaiterions pouvoir faire. Mais nous faisons le maximum et nous travaillons tous les jours pour faire davantage encore aux côtés des Congolais. Aux membres des missions de la paix des Nations unies partout dans le monde et notamment ici dans ce pays, je voudrais d’abord leur dire toute mon admiration pour le travail qui est fait souvent dans des circonstances extrêmement difficiles. Je voudrais leur dire ma solidarité et mes pensées pour ceux qui ont perdu la vie au service des Nations unies, pour leurs familles. Surtout à l’approche de la nouvelle année. A tous, je voudrais leur dire que je leur souhaite tous les meilleurs pour l’année prochaine.
 
Interview réalisée par Martial Papy Mukeba.

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