À Beni, les femmes vivent sous la peur mais refusent de céder : le combat silencieux de Noëlla Muliwavyo

À Beni, dans la province du Nord-Kivu, la Journée internationale des droits des femmes ce 8 mars n’a pas seulement été une célébration. Elle a aussi été un moment de témoignage pour celles qui vivent depuis des années au rythme de l’insécurité.

Parmi ces voix, celle de Noëlla Muliwavyo, coordinatrice du Collectif des Femmes pour les vulnérables, (CAFEVU)). 

Elle rapporte que son engagement est né d’une réalité qu’elle voit chaque jour : « des femmes qui vivent dans la peur, mais qui continuent malgré tout de se battre pour leurs familles ».

Une vie suspendue à la peur

Dans le territoire de Beni, la nuit n’est jamais totalement paisible. Les habitants redoutent les incursions des groupes armés, et les femmes sont souvent les premières à en subir les conséquences.

« La femme du territoire de Beni ne s’épanouit pas car elle est menacée. Du jour au lendemain, elle s’attend à des incursions nocturnes », confie Noëlla Muliwavyo.

Pour beaucoup de femmes rurales, la guerre signifie aussi la perte de leur principale source de survie : la terre. Les champs sont devenus dangereux, parfois inaccessibles. Sans récoltes, la pauvreté s’installe, raconte Mme Muliwavyo.

« C’est surtout la femme rurale qui est très pauvre car elle n’a pas accès aux champs. Elle est menacée par la guerre et les groupes armés, et c’est souvent elle qui est victime des violences basées sur le genre », explique-t-elle.

Des blessures invisibles

Mais les conséquences du conflit ne se mesurent pas seulement en pertes économiques. Elles laissent aussi des cicatrices profondes, souvent invisibles.

Selon Ange Maliro, de l’Organisation Tendo La Roho, les traumatismes psychologiques se multiplient dans les communautés.

« Il y a des problèmes psychologiques liés à l’insécurité car elles ont perdu leurs moyens de subsistance », souligne-t-il.

La destruction des infrastructures sanitaires complique encore davantage la situation. Dans certaines zones, des centres de santé et des hôpitaux ont été incendiés par les groupes armés.

« Maintenant, comment les femmes accouchent-elles et suivent-elles les soins ? Ça devient compliqué », déplore-t-elle.

La force de continuer

Malgré les menaces, la pauvreté et les traumatismes, les femmes de Beni continuent d’avancer. Elles s’organisent, soutiennent leurs familles et tentent de reconstruire des vies fragilisées par plus d’une décennie de violence.

Pour Noëlla Muliwavyo, leur combat quotidien est aussi une forme de résistance.

Car derrière chaque femme déplacée, chaque mère privée de champ ou chaque survivante de violence, il y a une même détermination : « celle de rester debout, malgré la guerre ».

 

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