RDC : le pasteur Kutino Fernando ne sera pas libéré

Des prisonniers attendant leur libération le 03/12/2013 à la prison militaire de Ndolo à Kinshasa. Radio Okapi/Ph. John Bompengo

Le pasteur Kutino Fernando ne bénéficiera pas de la grâce présidentielle accordée à plusieurs prisonniers à travers le pays par le chef de l’Etat à la suite des concertations nationales. Selon les autorités pénitentiaires, le pasteur Kutino n’est pas éligible à cette mesure parce qu’il a été condamné pour un crime de sang. Quatre-vingt-cinq autres prisonniers, des militaires et policiers détenus dans la prison de Ndolo à Kinshasa, qui ont bénéficié de cette grâce, ont été libérés.

Seuls les prisonniers poursuivis et condamnés pour des crimes de droit commun, et non de sang, ont pu bénéficier de la mesure de grâce présidentielle.

Le pasteur Kutino reste hospitalisé au Centre hospitalier Nganda où il a été admis après un accident vasculaire cérébral il y a trois mois. Longtemps attendue et même annoncée sur certains médias et réseaux sociaux, sa libération n’aura finalement pas lieu.

L’ordonnance portant mesures de grâce pour des prisonniers en RDC signée par Joseph Kabila le 23 octobre dernier exclut les prisonniers condamnés mais en fuite ainsi que ceux condamnés pour tentative et/ou infractions des violences sexuelles, corruption, concussion, détournement des deniers publics, assassinat, atteinte à la sûreté de l’état, vol à main armée, détention illégale  d’arme et toute autre infraction contre la sûreté de l’Etat.

Lire à ce sujet : RDC: les prisonniers qui bénéficient de la grâce présidentielle

Le chef spirituel de l’Armée de Victoire, lui, a été condamné pour détention d’armes et munitions de guerre et tentative de meurtre sur le pasteur Ngalasi de l’église «La Louange». Ce qui l’exclut de cette grâce présidentielle.

85 militaires et policiers libérés

Quatre-vingt-cinq prisonniers militaires et policiers, qui ont bénéficié de la grâce présidentielle, ont reçu leurs fiches de libération mardi 3 décembre à la Prison militaire de Ndolo. Parmi ces anciens détenus, soixante purgeaient leurs peines dans la Prison militaire de Ndolo et vingt-cinq au quartier militaire de la prison centrale de Makala.

La cérémonie s’est déroulée au rythme de la musique et des pas de danse. Un ancien détenu témoigne ainsi de sa gratitude :

«Je remercie d’abord le chef de l’Etat pour ma libération. Je suis très content et satisfait. Je demande à toutes les personnes qui ont été libérées comme moi de se comporter dignement pour ne plus revenir ici».

D’autres libérés ont cependant fustigé le caractère corrompu de la justice militaire. L’un d’eux a tenu à dénoncer l’injustice de ses juges.

«Je regrette. Le mal est tellement profond dans notre justice militaire. Des jugements rendus avec sentiment [légèreté]. Il y a des gens innocents qui sont en prison. C’est pour ça que j’ai tenté une prise à partie contre le juge. Je ne pouvais pas croiser les bras».

Selon le directeur de la prison de Ndolo, le colonel Masenga, certains de ces prisonniers ne pourront plus réintégrer ni la police, ni l’armée.

«Les gens poursuivis et condamnés pour vol, par exemple, ne pourront pas réintégrer l’armée. On ne va pas y reverser des voleurs. Non. Ceux là vont être remis à la société. Ils ont la liberté d’aller à la vie civile, s’ils le désirent», a-t-il expliqué.

Des centaines de détenus libérés

Depuis la signature de l’ordonnance portant mesure de grâce, plusieurs détenus ont été libérés à travers le pays.

Vendredi 22 novembre, près de quatre-cents prisonniers condamnés dans des affaires civiles ont été libérés de la prison centrale de Makala. Parmi eux, l’opposant Pierre-Jacques Chalupa, qui purgeait une peine de 4 ans de prison pour usurpation de nationalité et faux et usage de faux, ainsi que le banquier Roger Yaghy, ancien patron de la Banque congolaise, qui avait été condamné à 7 ans de prison pour blanchiment d’argent.

Quatre jours plus tôt, environ vingt-sept prisonniers de la prison centrale de Kasapa, à Lubumbashi (Katanga), et trente-quatre prisonniers du camp de détention d’Osio, à 17 kilomètres de Kisangani (Province Orientale), ont aussi été libérés.

Toujours en Province Orientale, quarante-quatre autres détenus de la prison centrale de Kisangani avaient été libérés une semaine plus tôt.

Ces libérations ont été décidées par le chef de l’Etat, selon une recommandation des concertations nationales, en vue de la réconciliation et la cohésion nationale.

Les personnes condamnées pour assassinat, atteinte à la sûreté de l’Etat et vol à main armée en sont cependant exclues.

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