Kasaï-Central : « Mon mari me tape, je n’ai pas le droit de poser des questions quand il rentre ivre », témoigne une victime des violences domestiques


La violence domestique est une pratique courante dans la province du Kasaï-Central. Certaines ONG travaillant dans la région relèvent régulièrement des cas, mais des femmes victimes évitent d’en parler. L’une d’elles brise le silence : « Mon mari me tape », témoigne-t-elle, jeudi 25 novembre, à l’occasion du lancement depuis le 25 novembre des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre. 

En tapant leurs femmes, les hommes veulent dominer leurs femmes et les amener à la soumission. 

Même si plusieurs femmes préfèrent garder le silence, quelques-unes se plaignent quand même de ne pas être consultées en matière de relations sexuelles et sont discriminées par rapport à l’accès aux ressources financières ou matérielles. 

« Mon mari m’a épousé depuis mon jeune âge et nous avons 7 ans. Ayant pris l’habitude de boire, il a commencé à revenir à la maison sans salaire. Il estime que je suis une femme, je ne peux rien demander. Quand je pose la question, c’est la violence utilisée sur moi qui va suivre. D’ailleurs j’ai de difficultés avec mes dents à la suite des coups de mon mari », relate une victime à Kananga. 

Plusieurs organisations rapportent qu’elles enregistrent régulièrement des cas liés à cette violence domestique ou conjugale.  

Selon l’ONG Femme main dans la main pour le développement du Kasaï, ces femmes subissent cette violence qui, de fois est liée aux coutumes avilissantes. 

« Juste au début du mois d’avril, plusieurs cas ont été enregistrés dans la catégorie des violences domestiques ou conjugales. Il y a encore un coin dans notre province ici, on a enterré deux femmes enceintes, parce que leurs maris avaient besoin de manger et du sexe », a indiqué Nathalie Kambala de l’ONG Femme main dans la main. 

Viols banalisés 

« On ne peut pas lutter efficacement contre les violences à l’égard de la femme et de la jeune fille si la communauté tolère certains actes de violence », a pour sa part fait remarquer la coordonnatrice de la Maison de la femme au Nord-Kivu, Valérie Wasso. 

Elle pense que la lutte pour l’élimination de ces violences ne peut aboutir que si la communauté perçoit les actes de violence comme tels.  Mais ce n’est pas souvent le cas. 

« Il y a beaucoup de gens qui essaient de voir ça comme un petit problème surtout lorsqu’il s’agit d’un viol qui est commis sur une grande personne. Là, souvent la communauté dit voilà, c’est quelque chose qui va passer, est – ce que l’acte a laissé des traces sur ton corps, c’est ce que tu veux montrer à la communauté ou aux organisations que tu as été maltraitée, … ce que, au niveau de la communauté, il y a encore cet aspect-là de banaliser les violences basées sur le genre », raconte Valérie Wasso. 

Elle fustige la banalisation des violences sexuelles dans la communauté : 

« Lorsqu’il s’agit d’une petite fille, là au moins, la communauté voit que c’est un problème qui doit être résolu. Mais si c’est une grande personne, on banalise. On dit même à la victime : vous faites ça chaque jour, et pourquoi aujourd’hui vous voulez montrer que c’est un problème » ?  

Mme Wasso invite la communauté à comprendre que les violences basées sur le genre sont des questions à prendre au sérieux parce que ça affecte la victime au niveau mental, physique, économique. 

Elle indique que pendant cette période de 16 jours d’activisme, les acteurs de protection de la femme vont orienter leurs actions dans la conscientisation de la communauté à ce sujet. 

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