Bosco Ntaganda a quitté le Rwanda pour la CPI

Le chef rebelle Bosco Ntaganda à Goma, le 5 octobre 2010. Photo droits tiers.

Le gouvernement rwandais a annoncé ce vendredi 22 mars que le chef rebelle congolais Bosco Ntaganda, qui s’était officiellement réfugié à l’ambassade américaine de Kigali depuis lundi, a quitté le Rwanda pour La Haye, siège de la Cour pénale internationale (CPI). Visé par deux mandats d’arrêt internationaux, émis en 2006 et 2012, il est accusé par la CPI pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Bosco Ntagdanga vient de décoller de Kigali et se trouve entre les mains de responsables de la CPI, a annoncé sur Twitter la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo.

L’ambassade américaine à Kigali a confirmé que le rebelle avait quitté ses locaux et était en route vers la CPI avec des responsables de la Cour.

Depuis La Haye, la CPI a aussi confirmé l’information.

« Il est actuellement en détention et accompagné par une délégation de la CPI qui a quitté Kigali (Rwanda) vers le quartier pénitentiaire de la CPI à La Haye (Pays-Bas) », a indiqué la Cour dans un communiqué.

La procureure de la CPI, Fatou Bensouda, a réagi en assurant dans un communiqué que « c’est une bonne journée pour les victimes de RDC et la justice internationale ».

Elle a également remercié les autorités américaines, rwandaises, néerlandaises et congolaises, notamment, pour le travail « qui a fait que ce jour a été possible ».

« Aujourd’hui, ceux qui ont souffert de la main de Bosco Ntaganda peuvent se réjouir du futur et la perspective que justice soit rendue », a-t-elle ajouté.

Mais Fatou Bensouda a regretté que d’autres personnes faisant l’objet de mandats d’arrêt de la CPI « reste en fuite », appelant la communauté internationale à s’assurer de l’arrestation du chef des rebelles des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) Sylvestre Mudacumura.

Ce qui se passera une fois Ntaganda à La Haye

A son arrivée à La Haye, Bosco Ntaganda retrouvera la prison des criminels de guerre de la Cour pénale internationale où est notamment incarcéré Thomas Lubanga, l’ex-chef politique de l’Union des patriotes congolais, au côté duquel il s’était battu en Ituri en 2002 et 2003.

C’est justement pour les crimes commis durant cette période que Bosco Ntaganda est poursuivi par la Cour qui l’accuse du meurtre de centaines de personnes, mais aussi de viols, d’attaques contre des civils, de persécutions, de pillages et d’enrôlement d’enfant de moins de 15 ans dans ses troupes.

Bosco Ntaganda devrait comparaître devant les juges pour la première fois dès le début de la semaine prochaine. Les juges devraient vérifier notamment son identité et devrait l’interroger sur sa nationalité. Les mandats délivrés par la Cour contre lui en 2006 et 2012 stipulent qu’il serait de nationalité rwandaise.

D’après des sources proches de la Cour, après cette audition, Bosco Ntaganda retournera dans sa cellule pour de longs mois. Au cours d’une autre procédure, le procureur devra ensuite démontrer aux juges qu’il dispose d’un dossier suffisamment solide contre lui pour qu’il soit renvoyé en procès.

En juillet 2012, Thomas Lubanga, dont Ntaganda était le numéro deux, avait été condamné à 14 ans de prison pour avoir enrôlé des enfants dans sa milice. Mais contrairement à Bosco Ntaganda, Lubanga n’était pas poursuivi pour les massacres commis en Ituri.

Le garde du corps devenu général d’armée

Bosco Ntaganda, le général déchu, recherché par la CPI/ Ph. droits tiers

Ancien de la rébellion de l’AFDL qui a fait tomber le maréchal Mobutu et du RCD, Bosco Ntaganda devient un moment le garde du corps d’Ernest Wamba dia Wamba, président du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), groupe rebelle alors soutenu par le Rwanda. Il suit Wamba dia Wamba à Kinsagani (nord-est), capitale de la Province Orientale, lorsque celui-ci va y créer un autre mouvement rebelle, le RCD-ML.

Ntaganda combat ensuite en Ituri, cette fois comme chef d’état-major des Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC), où il commet les méfaits qui lui valent en 2006 un premier mandat d’arrêt de la CPI, resté secret.

En 2008, la CPI révèle ce mandat. Ntaganda a alors pris du poids et s’active dans une autre rébellion: le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP). Il renverse début 2009 son chef charismatique Laurent Nkunda, qui est arrêté au Rwanda et placé en résidence surveillée par le président Paul Kagamé.

Ntaganda, qui a été nommé général en 2007 sans intégrer l’armée, gère en 2009 l’intégration du CNDP au sein des forces gouvernementales, qu’il rejoint lui aussi. Malgré sa trahison de Nkunda, il garde le contrôle de ses combattants et, selon des ONG, en profite pour exploiter illégalement des minerais, dont regorge le Kivu, riche région de l’Est de la RDC. La CPI lance un second mandat en juillet 2012.

En mai 2012, il fait défection et fonde, selon Kinshasa, une nouvelle rébellion, le M23. Cette dernière va se diviser en deux factions rivales en février dernier après que onze pays africains ont signé un accord-cadre pour la paix dans l’Est de la RDC. Le 16 mars, la faction rivale prend le dessus sur celle de Ntaganda qui se rend à l’ambassade américaine à Kigali et demande d’être transféré à La Haye.

Mais, son avocat, cité par l’AFP, déclarait encore il y a plusieurs mois que Ntaganda «n’a pas les caractéristiques d’un criminel ». Il « adore le jogging, passe la moitié de son temps sur internet et aime bien s’habiller », avait confié Me Antoine Mahamba Kasiwa.

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