RDC: une société suisse accusée d’avoir affiné de l’or pillé par un groupe armé

Des lingots d’or entreposés. Ph. Corbis

L’Association suisse Track Impunity Always (Trial) accuse la société Argor-Heraeus SA d’avoir affiné près de 3 tonnes d’or pillées entre 2004 et 2005 par un groupe armé dans le district de l’Ituri (Province Orientale). A en croire l’association, les miliciens du Front nationaliste intégriste (FNI) finançaient leurs activités grâce au trafic d’or.

Cet or d’une valeur d’environ 40 millions de dollars a été pillé dans une concession aurifère près de la localité de Mongbwalu, à 80 km au Nord de Bunia en Ituri. Cette concession était contrôlée par le FNI.

Selon l’avocat de Trial, l’affinage de l’or fourni par un groupe armé est considéré par le Code pénal suisse comme un crime de guerre et mérite d’être sanctionné pour lutter contre le financement des conflits armés.

Le jeudi 31 octobre dernier, l’ONG a déposé une dénonciation pénale contre Argor-Heaeus SA pour « blanchiment aggravé de matières pillées ». La justice suisse a ouvert ce lundi une enquête pour « présomptions de blanchiment d’argent en relation avec un crime de guerre et de complicité de crime de guerre ».

Le directeur de Trial, Philippe Grant, explique pourquoi son organisation a mis près de 10 ans pour porter cette affaire en justice :

«L’enquête menée n’a abouti qu’aujourd’hui parce que nous n’avons pu récolter des preuves utiles pour une affaire pénale que récemment. Mon équipe revient par exemple d’Ouganda récemment avec des faits nouveaux.»

 Le site internet rue89.com qui publie les preuves accumulées par l’ONG pour étayer ses accusations, indique que pour sa défense, Argor avait déclaré ignorer la situation au Congo avant le mois de mai 2005. Dans un communiqué publié par le confrère, l’entreprise écrivait :

«Argor-Heraeus n’entretient aucune relation d’affaires avec des sociétés en Ouganda et Congo. Elle n’a donc jamais effectué d’achat/vente, ni de paiement d’aucun genre dans cette région».

Après l’annonce de la plainte de Trial ce lundi, l’entreprise a aussi réagi. Dans un communiqué rendu public dans l’après-midi, Argor se dit « surprise » par la plainte et décline toute responsabilité, estimant que les enquêtes menées peu après les faits par l’ONU, le Secrétariat d’Etat à l’économie et l’Autorité des marchés financiers l’ont mise hors de cause.

Pour sa part, le directeur de Trial se dit confiant quant à l’aboutissement de la plainte de son association, expliquant que les autorités de son pays sont beaucoup plus intéressées que par le passé à donner suite à ces types de plaintes.

Philippe Grant cite notamment l’enquête pour crimes de guerre que la Suisse a ouverte contre un ancien ministre algérien de la Défense.

Trial est une ONG suisse, créée en 2002 et basée à Genève. Son principal objectif est la lutte contre l’impunité des auteurs des crimes les plus graves : génocide, crimes contre l’humanité, crimes de guerre, torture, disparitions forcées.

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