Plus de 100 détenus préventifs dans la prison de Luebo, en cinq ans

Des centaines de prisonniers en situation de détention préventive illimitée, dans la prison de Luebo, en cinq ans.

Les tribunaux de paix et de grande instance ne comptent plus aucun magistrat en fonction depuis même période.

La situation est décrite comme un véritable « mouroir judiciaire » par les acteurs locaux.

Des détenus, privés de leur droit à un procès équitable, croupissent dans les cellules sans jamais avoir été présentés devant un juge. Certains ont même rendu l'âme en prison, emportant avec eux leur présomption d'innocence.

Des vies brisées dans l'attente d'un jugement

Pour les professionnels du droit sur place, le sentiment d'impuissance est total. Maître Kawanga Jacques, avocat au barreau du Kasaï, témoigne de la détresse de ses clients :

« J’ai des clients arrêtés, détenus et oubliés dans les prisons. Certains meurent innocemment simplement parce qu’il n’y a pas de juges. Cela me fait très mal d’assister à cette injustice sans pouvoir agir », déplore-t-il.

Un appel pressant au Conseil Supérieur de la Magistrature

La Nouvelle Société Civile Congolaise (NSCC) du territoire de Luebo ne décolère pas. Elle pointe une violation systématique de la Constitution congolaise. Basile Banza, coordonnateur territorial de la NSCC, lance un appel direct aux plus hautes autorités du pays.

« A Luebo, les droits des détenus sont systématiquement violés. Il faut agir urgemment car il s’agit d’êtres humains », plaide-t-il, sollicitant l'intervention du Chef de l'État et du Conseil supérieur de la magistrature pour l'affectation immédiate de nouveaux magistrats.

Une crise qui s’étend à l’ensemble du Kasaï

Luebo n'est malheureusement pas un cas isolé. Selon des sources locales, cette pénurie de personnel judiciaire est un mal profond qui ronge la province. Dans le territoire de Mweka, par exemple, les juridictions sont en sous-effectif ou inopérantes. Situation similaire de paralysie judiciaire dans les territoires d'Ilebo et de Dekese.

Cette absence d'État de droit dans l'arrière-province favorise non seulement la surpopulation carcérale, mais encourage également la justice populaire, faute de réponse institutionnelle aux litiges de la population.
 

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